Arthur C. Fiedler, USAAF

Ces hommes et ces femmes qui ont fait l'Histoire de l'aéronautique qu'elle soit navale ou non

Arthur C. Fiedler, USAAF

Messagepar Guns » Dim 17 Oct 2010 17:26

Fiche militaire :

Image

Service actif : 1942 - 1975
Guerre : Seconde Guerre Mondiale, Guerre du Vietnam
Missions : 66 (Seconde Guerre Mondiale), 247 (Guerre du Vietnam)
Heures de vol :
Victoires aériennes homologuées : 8
Appartenance : 317th Fighter Squadron, 325th Fighter Group
Avions : P-51D Mustang
Grade le plus élevé : Colonel
Médailles :
-Silver Star
-Legion of Merit
-Distinguished Flying Cross
-Air Medal
-Partisan Star


Matin du 26 juillet 1944, trois formations de quatre P-51C Mustang des "Checkertails" (Queue à damiers) traversaient le ciel alpin pour aller rejoindre une formation de Flying Fortress. Le lieutenant Fiedler était le numéro 4 de l'une des formations de Mustang. La mission d'escorte devait durer pas moins de 5 heures pour l'aller et le retour, et Fiedler s'apprêtait à vivre une nouvelle mission de routine. En fait, celle-ci allait être bien différente de celles qu'il avait effectuées jusque-là...
Alors que la mission se poursuivait tranquillement, Fiedler remarqua une chose très étrange dans ses sept heures bas. Une sorte de rectangle noir qui se déplaçait et qui montait vers les bombardiers. C'était une formation compacte de 64 avions qui volaient aile contre aile à presque se toucher. Huit rangées de huit avions à la croix gammée. Des Focke-Wulfe 190 !
Fiedler avertit tout de suite ses coéquipiers, mais l'un d'eux lui assura qu'il s'agissait de P-51 Mustang. Fiedler, lui, savait que jamais des Mustang ne voleraient de cette manière. Et malheureusement, il eut raison car, en quelques secondes à peine, la scène devint cauchemardesque lorsque les Fw-190 se mirent à tirer sur les bombardiers. L'un après l'autre, les B-17 commençaient à émettre d'épaisse fumée noire lorsqu'ils étaient touchés, certains s'abattaient déjà en flammes.
Fiedler ne réfléchit pas plus. Il bascula sur la gauche et piqua vers les chasseurs allemands. Il boucla son tonneau et se plaça derrière l'énorme rectangle de Fw-190. Ses six Browning se mirent à cracher en même temps, des balles traçantes filèrent à travers la formation allemande. Aucun Fw-190 ne fut touché, mais toute la formation des 64 Fw-190 s'éparpilla dans tous les sens. A lui tout seul, Fiedler avait interrompu l'attaque allemande...
Après sa passe de mitraillage, Fiedler remonta en chandelle, et assista à un spectacle qui le glaça d'effroi. Le ciel était empli de parachutes ! C'étaient les hommes d'équipage des B-17 abattus. Fiedler dut zigzaguer pour éviter tous ces parachutes, ainsi que les nombreux débris des bombardiers qui tombaient en tournoyant. C'était un véritable carnage.
Apr√®s s'√™tre r√©tabli, le jeune pilote am√©ricain remarqua un Fw-190 isol√© et le prit en chasse. Il poussa les gaz pour se rapprocher rapidement mais, √† une distance de 200 m√®tres, le chasseur allemand cassa sa trajectoire en virant s√®chement √† droite. Fiedler le perdit de vue instantan√©ment. Il vola sur le dos en essayant de retrouver l'Allemand. En vain. L'Am√©ricain se r√©tablit et eut l'intention de faire un 360¬į pour rep√©rer l'Allemand. Mais √† peine avait-il commenc√© la manŇďuvre qu'il revit d√©j√† l'Allemand - le m√™me Allemand - lui foncer droit dessus, ses quatre canons de 30 mm crachant droit vers lui.
Fiedler monta rapidement pour éviter la rafale, et vit le Focke-Wulf faire un renversement, puis piquer vers les nuages. Fiedler, d'un naturel bagarreur, n'était pas disposé à laisser échapper cet Allemand. Il bascula sur la gauche, écrasa le palonnier et piqua à son tour vers les nuages, juste derrière le Focke-Wulf. Tout en piquant vers le sol, le chasseur allemand ne cessait de tournoyer sur lui-même, afin d'empêcher son poursuivant de l'aligner dans le viseur.
Lorsqu'ils étaient encore dans les nuages, Fiedler n'avait pas la sensation de leur vitesse. Mais, une fois la couche nuageuse traversée, il se rendit enfin compte à quelle vitesse son avion se rapprochait du sol. Tout autour de lui, il ne voyait plus que des sommets enneigés, et son Mustang venait de franchir la limite des plus hauts d'entre eux.
Tout √† coup, le chasseur allemand remonta √† la verticale. Fiedler tira sur le manche et le suivit dans son ascension. Un voile noir commen√ßa aussit√īt √† descendre au-dessus de ses yeux et son corps s'√©crasa litt√©ralement sur son si√®ge. Fiedler hurla √† gorge d√©ploy√©e pour ne pas s'√©vanouir, et il avait de plus en plus de mal √† tenir le manche.
Lorsque Fiedler retrouvait enfin sa vision périphérique, il rechercha l'Allemand des yeux... et le vit en train de piquer sur lui pour lui tirer dessus. L'Allemand avait déjà fait demi-tour en à peine quelques secondes !
Fiedler sortit les volets, bascula sur le dos et replongea derrière le Focke-Wulf. A nouveau, la vitesse des deux avions dépassa les 700 km/h alors qu'ils repiquaient vers le sol. Puis, à nouveau, le chasseur allemand remonta à la verticale en encaissant un maximum de G. Fiedler tira sur le manche et monta derrière lui. Plus de doute, il avait à faire à un as allemand.
Et à nouveau, Fiedler dut subir les effets du voile noir alors qu'il essayait de coller au plus près au chasseur allemand. Il pouvait pratiquement sentir l'Allemand qui fuyait devant lui, et il entendait le moteur de son propre Mustang hurler à la mort, mais il ne pouvait plus garder ses paupières ouvertes, tellement elles étaient lourdes...
Une fois que Fiedler rel√Ęchait la pression sur le manche, il retrouva lentement sa vision p√©riph√©rique... juste √† temps pour voir l'Allemand repiquer sur lui pour lui tirer dessus.
Pas du tout décidé à rompre le combat, l'Américain écrasa le palonnier, fit pivoter le Mustang et replongea à la poursuite de sa proie. Le Focke-Wulf passa à moins de 500 pieds avant de se rétablir... alors qu'ils étaient à plus de 24.000 pieds !
Cette fois, l'Allemand allait l'entra√ģner sur un autre terrain tout aussi dangereux : le combat √† basse altitude. C'est un combat o√Ļ la dimension verticale n'existe plus, et o√Ļ toute erreur peut √™tre fatale.
A pr√©sent, Fiedler ne devait pas seulement garder un Ňďil sur son Allemand, mais aussi sur son altim√®tre...
Décidé d'en finir avec le Focke-Wulf, Fiedler s'engagea dans le défilé et commença à zigzaguer entre les flancs de montagnes, la manette des gaz en butée. Alors, les paroles d'un ancien pilote de la Grande Guerre lui revint à l'esprit :
"Le meilleur moment pour descendre un ennemi, c'est au moment o√Ļ il s'appr√™te √† descendre ton ailier. Et c'est aussi valable pour toi lorsque tu essaies de descendre l'un des siens. Alors, pense toujours √† regarder derri√®re toi..."
Instinctivement, Fiedler tourna la tête en arrière pour apercevoir le flanc d'un second Focke-Wulf-190 dans ses sept heures. Il était donc aux prises avec deux Allemands, et non un seul. Et l'Allemand derrière lui n'allait pas tarder à faire feu...
L'Américain écrasa la pédale de gauche tout en poussant le manche en butée vers la gauche. Le Mustang cabra en effectuant un tonneau sur lui-même, et le Focke-Wulf passa juste en dessous. Verrière contre verrière. Fiedler vit que l'Allemand le regardait également. Il venait d'être pris au dépourvu et fut incapable de freiner... Et cette erreur allait lui être fatale.
Fiedler cadra le Focke-Wulf dans son viseur et le ravagea avec ses six Browning de 12,7 mm. Le chasseur allemand tourna plusieurs fois sur lui-même et alla percuter une grange en contrebas. Son pilote fut tué sur le coup. C'était la quatrième victoire de Fiedler, et il était bien décidé à remporter sa cinquième.
L'autre Focke-Wulf devait être toujours devant lui avec une légère avance. Fiedler "colla la boule au mur" (poussa la manette des gaz en butée), et recommença à le chercher des yeux. Le moteur Merlin du Mustang se mit à rugir bruyamment, propulsant l'avion à présent à plus de 700 km/h à travers la vallée, à moins de 400 pieds d'altitude.
Au bout d'une bonne minute de traque, Fiedler déboucha au-dessus d'une grande plaine et ne tarda pas à repérer un point noir qui se dirigeait droit sur lui. Le point noir devint un avion en grossissant. C'était l'Allemand qui revenait à la charge !
Fiedler cadra le point noir dans son viseur et s'apprêta à presser la détente. Le face à face allait être brutal, mais lui, Fiedler, ne céderait pas. Il ne virerait ni à gauche ni à droite. Le temps était venu d'en finir.
Soudain, il entendit dans ses écouteurs : "Si c'est un P-51 qui vient vers moi, qu'il balance des ailes..."
Avec grand soulagement, Fiedler battit les ailes et vit un autre "Checkertails" passer en trombe au-dessus de lui. Il s'agissait de Bill Lowry, un de ses coéquipiers. Les deux hommes se remirent alors en formation pour aller traquer de nouvelles cibles. Fiedler savait que le Focke-Wulf s'était parvenu à fuir et qu'il ne retrouverait pas sa trace.
Tout √† coup, Lowry fit un break et plongea vers sa gauche, Fiedler le suivit aussit√īt. Lowry venait de rep√©rer la longue tra√ģn√©e de fum√©e noire d'un Bf-109 touch√©, qui semblait vouloir retourner vers sa base. Le chasseur allemand volait pratiquement au ras du sol, au milieu des vall√©es encaiss√©es. Lowry se pla√ßa derri√®re l'Allemand et ouvrit le feu.
Ses Browning tirèrent une courte rafale et se turent. Plus de balles. Lowry remonta et laissa le passage à Fiedler, et dit tranquillement : "Il est à toi, mon cochon."
A son tour, Fiedler poussa les gaz et se glissa derrière le chasseur allemand. Voyant le chasseur américain, l'Allemand accéléra et se colla au plus près du sol. Il se mit à zigzaguer de gauche à droite, et à plonger dès qu'il avait la moindre opportunité. Lowry se mit à crier : "Shoote, Art. Shoote-le."
Et à Fiedler de répondre : "Une minute, une minute..."
A environ 200 m√®tres de sa cible, Fiedler ouvrit le feu. Le Bf-109 fut aussit√īt cribl√© d'impacts et explosa, mais continua pas moins de d√©taler au milieu de la vall√©e. Il √©tait √† pr√©sent en flammes et perdait de l'altitude. Fiedler gagna sur lui mais ne tirait plus. Et, √† 10 pieds du sol, Fiedler vit s'√©jecter la verri√®re du Bf-109, puis son pilote en sauta. Le Bf-109 volait alors √† plus de 650 km/h. Une r√©elle vision d'horreur.
Le corps du pilote heurta violemment le sol et rebondit. Et à la troisième fois, il passa par-dessus le Mustang de Fiedler. Puis, il disparut complètement parmi les épaves en flammes de son propre avion. La vision traumatisa le jeune pilote américain pendant longtemps.
Tout doucement, Fiedler reprit de l'altitude et reprit le chemin vers sa base. Ce jour-l√†, il √©tait devenu un as avec cinq victoires homologu√©es. Mais cette cinqui√®me victoire avait pour lui un go√Ľt bien amer...


Image
Avant de nous lier connaissance, je vous recommande chaudement de vous initier à notre modus vivendi... Qu'en dites-vous ?

Image


Vous vous sentez invincible ? Venez m'affronter ici : http://challengers.mohja.fr
Avatar de l’utilisateur
Guns
Modérateurs Globaux
Modérateurs Globaux
 
Messages: 2473
Inscription: Dim 6 Juin 2010 18:26
Localisation: Clichy, France
Medals: 9
Modo (1) Contribution exceptionnelle (1) contribution (1) Assiduité au forum (1)
dossier 1ere classe (1) Rédacteur site web Aero-PA (1) Rédaction de qualité (1) Membre fondateur+1 an d'ancien (1)
+3 ans d'ancienneté (1)

Retourner vers Pilotes de légende

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité