HMS HOOD

Toute l'actualité des aéronavales, des marines de guerre et, des aviations du globe

HMS HOOD

Messagepar Guns » Mar 15 Juin 2010 07:45

Image

La genèse

La décision de construction du croiseur HOOD remonta à 1915, bien avant la fameuse « rencontre » du Jutland, lorsque l'Amirauté britannique cherchait un digne successeur à ses dreadnoughts de la classe QUEEN ELIZABETH. On imaginait alors un navire de même catégorie, mais beaucoup plus grand et mieux protégé, en particulier contre les sous-marins. Le calibre envisagé était le 406 mm puis ultérieurement, le 457 mm. Les chauds partisans d’une "cavalerie" de la flotte, notamment l’amiral Jellicoe, prônant une classe de croiseurs de bataille rapide, le projet fut même modifié en conséquence, allant dans le sens de la création d'un navire de ligne, pouvant porter l'artillerie d'un QUEEN ELIZABETH, tout en ménageant une excellente protection contre les submersibles et en maintenant une vitesse de plus de 32 nœuds.

Ces études aboutirent par conséquent à la classe HOOD, comprenant les classes RODNEY, HOWE et ANSON. Ces vaisseaux furent mis sur cale dans divers chantiers à partir de 1916. Mais la Bataille du Jutland et son dénouement mit brutalement fin au programme : les trois jumeaux du HOOD furent annulés séance tenante, même si la construction de ce dernier fut maintenue, pour servir de prototype pour les futures unités de la Royal Navy. On changea les plans en assimilant les leçons de cette bataille, puis on dut poser une nouvelle quille. Lorsque le croiseur fut lancé en août 1918 aux chantiers John Brown, puis achevé en 1922, c'était le plus grand navire de combat de toute la flotte britannique, voire du monde, à une certaine période. Et pour ces raisons de prestige, le navire passa une grande partie de l'entre-deux-guerres à rendre visite aux autres parties de l'Empire britannique ou aux autres pays. La presse populaire britannique le surnomma "Mighty Hood", confondant taille et puissance de feu. Un titre qu'il allait conserver jusqu'à l'apparition de monstres tels que, justement, son bourreau le BISMARCK, mais aussi les cuirassés rapides de la nouvelle génération, dont le monstrueux YAMATO, approchant des 70.000 tonnes. Comme son lancement avait été tardif, le HOOD ne prit jamais part aux combats de la Première Guerre mondiale.

Avec ses 42.000 tonnes, le Hood dépassait la limite des 35.000 tonnes autorisées pour un navire de ligne à partir de 1922, l'une des principales clauses du traité naval de Washington. Pourtant, le croiseur faisait déjà figure de dinosaure en 1939. Ses concepteurs ayant sacrifié sa protection aux dépens de sa vitesse, le HOOD était une proie facile pour la nouvelle génération de cuirassés rapides qui arrivait. Pourtant, aux yeux de ces mêmes concepteurs, le Hood représentait l’incarnation prestigieuse de la Couronne britannique sur les sept mers, il ne pouvait donc être touché, et encore moins coulé. Son armement fut légèrement modifié au cours de sa durée de vie opérationnelle : en échange de 12 pièces de 140 mm d’origine, le croiseur bénéficia d’une meilleure artillerie AA. Cependant, la principale faiblesse du navire résidait dans son blindage, insuffisamment épais, surtout au niveau du pont principal. Les obus de gros calibre en trajectoire plongeante seraient les plus à craindre, et les amiraux en étaient conscients. Hélas, le projet de refonte fut constamment reporté, faute d'argent, mais surtout de temps : le navire étant "l'ambassadeur" de la force navale britannique, il était sans arrêt mobilisé par les parades officielles, mais aussi par les nombreuses crises présageant une guerre imminente. Par conséquent, il ne reçut jamais cette refonte dont il aurait réellement besoin. En 1939, lorsque la guerre éclata entre l'Allemagne et le Royaume-Uni, l'idée de renforcement du blindage fut définitivement laissée de côté.


Le HOOD au combat

En ce matin du 21 mai 1941, le cuirassé allemand KMS BISMARCK, ainsi que le croiseur lourd SMS PRINZ EUGEN, furent repérés au large de Bergen, en Norvège. Ils venaient de quitter le port norvégien en direction de l'Islande et constituaient une sérieuse menace pour les convois entre l’île britannique et les États-Unis.

Le 22 mai, vers 22h15, le croiseur HOOD et le cuirassé PRINCE OF WALES quittèrent précipitamment la base de Scapa Flow, en Ecosse, pour partir à leur rencontre au niveau du Détroit du Danemark. Les deux navires étaient sous le commandement de l'amiral Holland.

Le 23 mai, l'itinéraire du BISMARCK fut confirmé par deux autres croiseurs, le NORFOLK et le SUFFOLK, qui le détectèrent au radar au nord-est de l'Islande, et le pistèrent à distance.

Le 24 mai, à 05h05, les deux groupes navals s’aperçurent à la sortie du Détroit du Danemark. Et à 05h52, à 60° 30 N, 38° O, la bataille s’engagea à une distance de 25 km. Les salves de 356 mm, 380 mm et 381 mm s’entrecroisèrent dans les airs. Mais, dès le début de l’engagement, la précision des tirs allemands était indiscutable. Le HOOD, navire-amiral de l’escadre britannique, atteint par des obus de 381 mm tirés du Bismarck, commença très vite à souffrir de nombreux problèmes techniques, qui l'empêchèrent notamment à riposter plus vite.

A 05h57, la seconde salve du SMS PRINZ EUGEN déclencha un début d’incendie à bord du croiseur britannique, qui tenta de battre en retraite.

A 06h00, un obus de 380 mm du BISMARCK vint sceller le sort du croiseur blessé. L’obus frappa le HOOD, au niveau de la soute à munitions principale, insuffisamment protégée. Une formidable explosion retentit. Le grand navire se cassa en deux et coula en quelques minutes, et un champignon incandescent s’éleva à plusieurs centaines de mètres. Sur les lieux du naufrage, on n’allait retrouver que 3 survivants sur les 1.419 hommes d'équipage.

Le PRINCE OF WALES, atteint lui aussi, rompit aussitôt le combat. Quant au BISMARCK, dont une soute à mazout avait été endommagée, il fut contraint de renoncer à ses raids dans l'Atlantique et dut faire demi-tour en direction de Brest.
L'anéantissement de l’orgueil de la marine britannique en quelques secondes provoqua une très vive émotion au Royaume-Uni. Le désir de revanche fut tel que Churchill, lorsqu’il apprit la nouvelle de la destruction du HOOD, donna un ordre non discutable à ses amiraux : Sink the BISMARCK ! (coulez le Bismarck !). Tout fut donc mis en œuvre pour laver ce déshonneur. Commença alors une longue traque de la Royal Navy, qui parvint finalement à intercepter le cuirassé allemand grâce aux avions du porte-avions Ark Royal, permettant ainsi aux cuirassés KING GEORGE V et RODNEY de l’achever, avant qu’il n’atteigne la couverture de la Luftwaffe près des côtes françaises. Lorsque le Bismarck coula les couleurs au vent le 27 mai 1941, il était encore à près à 650 km à l'ouest de Brest.


La théorie de la destruction du HOOD

L’obus qui avait condamné le HOOD n'avait pu provenir que du BISMARCK, étant donné que le PRINZ EUGEN ne tirait pas sur le HOOD au moment de l'explosion. Cette version des faits était d’ailleurs tenue pour acquise au moment du naufrage. Un premier doute est cependant survenu à la suite de témoignages selon lesquels l'explosion qui a détruit le HOOD a pris naissance près du mât principal, très en avant du compartiment arrière. Des experts ont suggéré que ce qui a été observé était l'évent d'une explosion ou déflagration violente - mais pas instantanée - dans les compartiments des soutes à munitions de 4 pouces (102 mm). La même déflagration aurait détruit la cloison séparant les soutes des obus de 4 pouces qu’un obus de 15 pouces (381 mm), ce qui se traduirait très rapidement par une explosion catastrophique, similaire à celles déjà constatées à la Bataille de Jutland. Cette théorie a finalement été adoptée par la Chambre d’enquête.

Un autre expert a même pu démontrer, par un examen approfondi, que la perte du HOOD a presque certainement été précipitée par l'explosion accidentelle de cette soute d'obus de 4 pouces (102 mm). L'image de l'obus pénétrant le blindage du pont à la verticale est, selon lui, erronée : il estime que l'angle de chute des obus de 380 mm du BISMARCK au moment de la perte n'aurait pas dépassé environ 14 degrés, un angle si défavorable à la pénétration d'un blindage horizontal qu'il est en fait hors des normes de pénétration de l'échelle des chartes de tir allemandes contemporaines. En outre, des images synthétisées du HOOD montrent qu'un obus tombant sous cet angle n'aurait pas pu atteindre une soute arrière sans d'abord passer par une partie de la ceinture blindée. D'autre part, le blindage de 12 pouces (305 mm) aurait dû être transpercé, si le HOOD avait progressé suffisamment lors de son dernier tour.

Devant la Chambre d’enquête, des témoins oculaires ont signalé les types inhabituels de décharge des pièces de 15 pouces (381 mm) du HOOD, suggérant qu'un obus pourrait avoir explosé dans un canon, provoquant une explosion dans la tourelle. Il est possible que, dans le stress du combat, toutes les mesures de sécurité mises en place après les catastrophes du Jutland pour prévenir une telle explosion dans les soutes n'aient pu être appliquées.

Le HOOD, même après sa destruction, est demeuré aussi célèbre que son vainqueur, le redoutable BISMARCK. Une célébrité qui ne doit rien à son palmarès (pratiquement vierge puisqu’ il ne vit jamais le baptême du feu avant 1939, et qu’il fut coulé dès son premier engagement), mais plutôt au fait qu'il personnifiait à lui seul toute la Royal Navy. Il portait l'Union Jack dans tous les ports du monde, et fut l'ambassadeur d'acier du vieil Empire durant toute la durée de l'entre-deux-guerres. Il incarnait donc la fierté de la marine britannique et la fierté de son pays. Sa disparition soudaine frappa durement les esprits, jusque dans les milieux populaires. Le HOOD, sans explication rationnelle, avait suscité un engouement profond chez l'homme de la rue.

La cause exacte de la perte du HMS HOOD demeure encore aujourd’hui un sujet de vif débat. De multiples théories ont été avancées, dont plusieurs visent sans doute à ménager la fierté navale britannique, en partie responsable de cette catastrophe, en s'efforçant de minimiser la participation du BISMARCK.


Image
Le HOOD coula en quelques minutes à côté du PRINCE OF WALES

Données techniques du HOOD

Image
HMS Hood - Unknown
Sources: Shipbucket
Avant de nous lier connaissance, je vous recommande chaudement de vous initier Ă  notre modus vivendi... Qu'en dites-vous ?

Image


Vous vous sentez invincible ? Venez m'affronter ici : http://challengers.mohja.fr
Avatar de l’utilisateur
Guns
Modérateurs Globaux
Modérateurs Globaux
 
Messages: 2473
Inscription: Dim 6 Juin 2010 18:26
Localisation: Clichy, France
Medals: 9
Modo (1) Contribution exceptionnelle (1) contribution (1) Assiduité au forum (1)
dossier 1ere classe (1) Rédacteur site web Aero-PA (1) Rédaction de qualité (1) Membre fondateur+1 an d'ancien (1)
+3 ans d'ancienneté (1)

Retourner vers Histoire et actualités

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 3 invités