Rubber deck, le pont d'envol en caoutchouc.

Rubber deck, le pont d'envol en caoutchouc.

Messagepar vigi » Ven 8 Mar 2013 16:04

L'Histoire de l'Aéronavale est jalonnée d'inventions et d'améliorations techniques, qui sont pour l'essentiel dues aux anglais, parmi les plus importantes, on peut citer le miroir d'appontage et la piste oblique.
Comme il y a toujours une exception pour confirmer la règle, Ablion a su nous gratifier d'inventions beaucoup moins efficaces et pour le moins insolites.

Le Rubber Deck est sans aucun doute à classer dans le tiercé de tête de ces idées dignes du meilleur Geotrouvetou de bande-dessinées.

L'idée du Rubber-Deck, littéralement pont en caoutchouc, nait à la fin des années 1940 avec l'apparition des premiers jets.
L'Amirauté britannique chercha alors une solution pour répondre aux contraintes d'appontages de ces appareils qui avaient une vitesse d'appontage nettement plus élevée que les aéronefs à moteurs à pistons.

En Septembre 1948, le porte-avions de la classe Collossus, HMS Warrior embarqua une bien étrange cargaison fabriqué par les chantiers navals de Matey.
Des bandes de caoutchouc et des tuyaux souples furent chargés sur le pont.
Disposer sur la partie arrière du pont, réservé à l'appontage, l'ensemble fut assemblé pour constituer une surface souple gonflable.
Les tuyaux étaient gonflés avec de l'air sous pression et recouvert par l'épais revêtement souple en caoutchouc.

A début de l'année 1949, le porte-avions HMS Warrior pris la mer ainsi équipé pour effectuer des essais avec ce nouveau système d'appontage mis en place.

Le principe était en soit relativement simple.
L'appareil devait se présenter de la même manière que pour un appontage sur un pont en bois (le pont métallique n'était pas encore un standard à l'époque) pour effectuer sa prise de brin d'arrêt.
La différence majeur étant qu'il devait apponter train rentré.

Afin de ne pas détériorer la surface souple en caoutchouc, entre cette dernière et les brins d'arrêt, le personnel du bord avait placé de long madrier en bois qui en plus de surélever les brins, empêchait ces derniers de frotter contre le revêtement.
Pour ces essais en mer, la Fleet Air Arm sélectionna un de Havilland Sea-Vampire, avec le chef pilote d'essais de la Royal Navy, le Lt.Cdr Eric Brown.

Après une première approche avec remise de gaz, le Sea-Vampire se présenta train rentré et crosse sortie.
La prise de brin s'effectua de manière parfaite et l'appareil glissa sur la surface souple gonflable qui permettait à l'appareil de glisser dessus sans détériorer sa cellule.

La manŇďuvre se compliquait l√©g√®rement pour l'√©vacuation vers l'avant du pont (qui restait une structure en bois standard).
Le pilote devait évacuer au plus vite son appareil pendant qu'une équipe de mécaniciens posait une élingue de levage.
Une fois en l'air, un mécano déverrouillait le train d'atterrissage afin de rendre à l'avion sa configuration normale et permettre son déplacement sur le pont d'envol.

Les essais se poursuivirent durant plusieurs semaines, avec à chaque week-end un retour à l'arsenal pour vérifier l'état d'usure du matériel.

Lorsque le Sea-Vampire ratait les brins d'arrêt, le pont en caoutchouc gonflé à l'air comprimé le faisait rebondir d'une manière assez aléatoire et pour le moins dangereuse, par chance durant les deux-cents essais d'appontage, chaque "bolt" se passa bien et le chasseur pu repartir pour un nouveau circuit d'approche.
Le frottement de l'aéronef sur la surface en caoutchouc provoquant de sérieux échauffements et une forte usure, il fut décidé dès les premiers essais de répandre de la mousse incendie (eau + un agent moussant) qui permettait de se prémunir contre un risque d'incendie et de préserver un peu plus le revêtement souple.

Pour le catapultage, un seul essai fut fait à partir du pont souple en caoutchouc.
Comme il n'était pas possible de mettre en place une catapulte à cet endroit, le Sea-Vampire fit donc un décollage sans assistance.
Le résultat fut catastrophique, non pas pour l'appareil qui décolla sans encombre depuis cette surface, dégonflé pour cette phase. Par contre, le caoutchouc supporta très mal la chaleur dégagée par le réacteur du chasseur, l'ensemble du caoutchouc ayant totalement fondu sur la ligne de poussée des réacteurs.
L'expérience ne fut pas renouvelé et, il fut alors convenu que le catapultage devait avoir lieu sur l'avant du pont à l'aide de la catapulte.

Au début de ce projet et pendant que ces essais se déroulèrent, la Fleet Air Arm avait lancé le développement d'un chasseur spécialement conçu pour apponter sur ce type de surface souple, le Supermarine Scimitar.

A l'issue de cette campagne d'essais l'Amirauté britannique fut bien obligée d'admettre que le concept n'était pas des meilleurs.
Le porte-avions se trouvait couper en deux sections indépendantes.
Le pont souple gonflable, réservé exclusivement à l'appontage et la partie avant dédiée à la mise en route des réacteurs et au catapultage.
La manutention des appareils à l'issue de l'appontage était lourde.
Levage de l'appareil à l'aide d'une grue, sortie du train d'atterrissage, repose de l'appareil, transport vers l'avant du pont, sans parler de la maintenance spécifique à ce type de revêtement avec la gestion des risques d'échauffement, les risques de fuite du circuit de gonflage à l'air comprimé, le replacement des "cales" de bois pour les brins d'arrêt, et d'autres choses que j'oublie.
Enfin, dans le cas o√Ļ le pilote manquait les brins d'arr√™t, les rebonds et la remise de gaz relevait plus du comportement d'un ballon de rugby apr√®s un d√©gagement au pied que d'un chasseur en remise de gaz.

Le rubber-deck, une vraie mauvaise id√©e, ou un faux bon concept, a ranger dans les t√Ętonnements et √©lucubrations des ing√©nieurs des ann√©es 1950.


Sea-Vampire en approche lors de la campagne d'essais de 1949.
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Sources image: Royal Navy / hazegray.org
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Re: Rubber deck, le pont d'envol en caoutchouc.

Messagepar nanard » Ven 8 Mar 2013 18:17

Le chef est VRAIMENT très fatigué ! Chef, ce n'est pas encore le 1er avril voyons !!!
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Re: Rubber deck, le pont d'envol en caoutchouc.

Messagepar pingouin » Ven 8 Mar 2013 18:54

Effectivement, après le porte-avions en glace et le Petit Père des Peuples, voilà le porte-avions gonflable ... très grosse fatigue ... Comme c'est la journée à ça, il est grand temps de sauver le Chef en lui jetant un Dinghy avec une Mae West, une Gibson Girl et un kit de survie au pur malt ... ça lui changera les idées ... :mrgreen: :D
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Re: Rubber deck, le pont d'envol en caoutchouc.

Messagepar vigi » Ven 8 Mar 2013 19:58

Bon, pour la dérive petit-père des peuples, j'admets... Encore que... :mrgreen:

Pour le reste, faut admettre qu'entre un pont en caoutchouc et un porte-avions "iceberg", les anglais manquaient pas d'imagination. :o
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Re: Rubber deck, le pont d'envol en caoutchouc.

Messagepar DahliaBleue » Mar 5 Mai 2015 16:33

vigi a écrit:[…] faut admettre qu'entre un pont en caoutchouc et un porte-avions "iceberg", les anglais manquaient pas d'imaginaire. : o
et m√™me plus : ¬ę ‚Ķ ne manquaient pas d'imagination ! ¬Ľ
[…] Sea-Vampire en approche lors de la campagne d'essais de 1949. […]
‚Ķ ou m√™me, carr√©ment, ¬ę ‚Ķ √† l'appontage ! ¬Ľ ?
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