par nanard » Dim 13 Mai 2012 21:41
Ce 13 mai, tiens, c’est curieux, cette date revient de temps en temps dans notre Histoire, ce 13 mai donc, la guerre change de rythme et de figure.
C’est la date où notre grand Etat-Major commence à se rendre compte que le caporal moustachu les a roulés dans la farine.
Les handicapés de la jugeote qui y régnaient en maîtres étant persuadé que le monde entier réfléchissait aussi mal qu’eux, s’étaient auto-persuadés qu’il faudrait bien cinq à six jours aux Allemands, pour amener sur place, à Sedan, l’armement nécessaire à l’attaque.
Bien entendu, ce délai qu’ils prêtaient à l’ennemi, ils s’en servirent aussi comme excuse pour ne pas hâter l’acheminement des renforts indispensables.
Seulement, les Allemands, leur « truc », c’était la Blitzkrieg, ils l’avaient démontré en Pologne, mais visiblement, la leçon n’avait pas servi. Alors, ils renouvelèrent la démonstration.
Le 13 dans la matinée, un carrousel incessant de Stuka s’abattit sur les troupes Françaises.
5 heures, 5 heures durant, les sirènes se déclenchant durant le piqué de ces appareils sonnèrent dans les oreilles des fantassins, réservistes de surcroit, les paralysant totalement. Les servants des rares pièces de D.C.A. en oubliaient leurs canons, tous se terraient au fond des tranchées de l’inutile.
L’aviation ? Sans doute que personne ne songea à la prévenir à ce moment, dommage, le Stuka était quasiment le seul avion que nos chasseurs pouvaient « s’offrir » sans peine. Même le Morane MS 406 avait sa chance !
Coup de « chance » par contre pour les hommes, le résultat de cette action fut relativement faible, par contre, sur le moral, cette longue intervention fut une catastrophe.
La 1ère Panzerdivision n’avait plus qu’à traverser le fleuve, et dans l’après-midi, la première tête de pont nazie était en place.
Il fut bien temps alors de déclencher l’alerte aérienne.
Ce fut le pire exemple de cette erreur des dirigeants militaires des armées aériennes d’envoyer les hommes par petite quantité.
170 bombardiers furent expédiés, par petits groupes, attaquer les ponts provisoires installés par les Allemands pour franchir la Meuse.
A la fin de la journée, 85 avions, la moitié des participants, avaient été abattus, dont 35 Fairey Battle britanniques. Le pire est de savoir que ce sacrifice humain de grande ampleur n’avait servi à rien, puisque les survivants n’avaient même pas pu s’approcher suffisamment de leurs objectifs pour porter des coups décisifs.
Le Fairey Battle ? juste avant le conflit, il était considéré comme une étonnante réussite technique. Ce triplace de bombardement léger, n’emportait que 450 kg de bombes. Conçu en 1932 pour remplacer les antiques bombardiers biplans alors en service (tiens, de l’autre côté du Channel, on pense se débarrasser des biplans de bombardement dès 1932 ?), il fit son premier vol en 1936 et entra en service l’année suivante. A la déclaration de la guerre, ce sont 20 squadrons équipés du Battle qui s’installent, pour la plus grande part, sur notre sol.
S’il avait été le meilleur des candidats présentés à l’homologation, le désir d’obtenir une grande autonomie, près de 1700 km, avait conduit à une machine lourde, donc lente, 390 km/h, donc vulnérable. Sous motorisé et peu maniable en plus, il sera la proie rêvée pour les Messerschmitt 109 et la flak.
En mai 1940, après Sedan, le massacre se répétera lors de la bataille de Dunkerque. Ils seront alors retirés des premières lignes pour effectuer des tâches secondaires, mais il avait quand même été construit à plus de 2000 exemplaires.
A la nuit, la tête de pont mesurait 5 kilomètres de large sur 10 de profondeur.
La 55éme D.I., évoquée hier, est atteinte d’un phénomène d’hallucination collective, avant même la traversée du premier char, ils en voit partout, c’est la débandade complète.
En quelques heures de l’administratif au canonnier en passant par le simple fantassin, la quasi-totalité de la division se retrouve à errer sur les routes en direction de l’arrière, persuadés que les panzers sont à leurs trousses. Il faut dire qu'avec ce qu'ils venaient de subir...
Le commandement, celui qui avait été incapable d’apprécier sa chance à sa juste valeur, la veille, avec la possibilité de clouer sur place les blindés que maintenant les hommes craignaient tant, que voulez-vous en attendre ? Egal à lui-même, il sera incapable d’une réaction, d’une reprise en mains, laissant un trou béant dans un front déjà fort mal construit.
Mais si la guerre s’était enfin dévoilée, là où ne l’attendions pas, cela ne voulait pas dire que sur le reste du front on se reposait !
Le même jour, en Belgique, à 11 heures, les 3ème et 4ème Panzer, superbement aidés par les Stuka et par un violent tir d’artillerie, s’attaquent à une partie du front garanti par les chars Français, comme d’habitude, répartis en petits groupes.
L’avantage étant à la mobilité, n’en déplaise aux vieillards auteurs de l’IGU, à 17 heures, la messe était dite, la position Française débordée et les pertes lourdes, très lourdes, même si, grâce au courage de nos hommes, l’ennemi avait aussi subi des pertes importantes.
La quasi-totalité des chars attribués à cette zone des combats avaient été perdus en quelques heures.
Très loin de là , en Norvège, eh oui, la guerre ne c’est pas cantonnée chez nous, depuis une heure du matin, « bénéfice » de la proximité du soleil de minuit, les légionnaires débarquent à proximité de Narvik, soutenus par les canons de la flotte anglaise et 3 chars ! Ils repousseront les troupes nazies commandées par un ami personnel d’Hitler, Dielt, malgré les renforts envoyés par avions, réussissant la seule victoire alliée de cette période de la guerre.
Pour en revenir aux environs de Sedan, la petite histoire révèle que dans la nuit qui s’installe, le général Georges fut victime d’un accès de faiblesse et s’écroula en sanglotant sur un fauteuil : « Notre front a été enfoncé à Sedan, il y a eu des défaillances… »
Oui, c’est vrai, il y a eu des défaillances, la première de celles-ci, celle dont découlera le reste, fut réalisée en 1927 par un troupeau de vieillards étoilés, elle s’appelait l’IGU et était supervisée par le général …Georges qui pouvait constater, de visu, le résultat des inepties qu'il avait appelée de ses voeux, 13 courtes années plus tôt.
Mais le 13 mai, ce fut aussi la première intervention du Farman Jules Verne de l’Aéronavale dont je vous parlais hier. Seul, bien sûr, il ira bombarder les ponts de Maastricht, de nuit, pour tenter d’endiguer le flot ininterrompu des troupes et du matériel nazi.
Je ne vous parlerais même pas du résultat de cette mission, elle ne pouvait, dès le départ n’être que symbolique, mais elle marquera, elle et les suivantes, réalisées par le même appareil, la seule velléité d’offensive de la campagne de France, les autres n’étant, dans le meilleur des cas que la réplique à l’agression.