La débâcle, la faute à personne ?

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Re: La débâcle, la faute à personne ?

Messagepar pingouin » Ven 11 Mai 2012 22:27

Maastricht, déjà .... cette ville est vraiment marquée par la scoumoune ...
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Re: La débâcle, la faute à personne ?

Messagepar nanard » Sam 12 Mai 2012 22:33

Aujourd’hui, 12 mai, on parle de la Meuse, encore, mais cette fois dans les Ardennes, vers Sedan.

La nuit précédente, un équipage avait déjà signalé, des convois circulant à pleine vitesse, tous feux allumés !!!, c’est dire la crainte qui habitait les agresseurs, dans ce secteur.
Ce jour, le Potez 63-11 n°280 survole la zone autour de Sedan. L’observateur voit et photographie les blindés allemands de Guderian à une quinzaine de kilomètres de la ville. Il passera pour un affabulateur à son atterrissage dans nos lignes, malgré les photos prises !

Un autre Potez, un type 637 suit, aujourd’hui également, le cours de la Liesse à très basse altitude…pour déboucher, par hasard, sur l’avant-garde ennemie, celle qui, selon Pétain ne pouvait traverser les Ardennes.
Copieusement « salué » par les armes allemandes, l’avion réussira à ramener à bon port son équipage avec un moteur sans pression d’huile et un réservoir de carburant crevé.
Là encore, l’observateur, lui-même officier de chars, sera ridiculisé au téléphone par le responsable du deuxième bureau de la 9ème armée, en expliquant en détail les types de blindés ennemis.

Le même soir, les armées d’Hitler seront aux portes de Sedan…

Sedan ! Les fortifications qui auraient dû interdire toute traversée du fleuve à l’ennemi étaient très loin d’être terminées, les canons en batterie sur les hauteurs pas suffisamment protégés et sur place n’existent que deux divisions de réservistes.
Pour compléter ce tableau des incompétences militaire et gouvernementale, la déclaration de la guerre remontant quand même à 9 mois, la dotation en pièces antichars était incomplète et la D.C.A. presque totalement absente.
De plus, pour compliquer nos « chances » dans ce secteur, Sedan avait été placé à la charnière des 9ème et 2ème Armées, permettant aux ordres éventuels d’être incohérents sinon contradictoires d’un commandement à l’autre.
Il est vrai que depuis que Pétain, notre réputé penseur militaire national, du haut de ses idées rétrogrades, avait estimé le passage par les Ardennes impossible, c’était devenu parole d’évangile, alors pourquoi se hâter et dépenser l’argent de la Nation pour faire des fortifications là où jamais un ennemi ne pourra passer ?

Mais Pétain n’était toutefois pas le seul responsable.
Que penser du commandement de la 55ème D.I., division sise à Sedan ce jour, dotée à elle seule de 140 canons, qui, voyant, dans l’après-midi, les splendides concentrations de blindés ennemis, chenille contre chenille, sur la rive droite du fleuve, en face d’elle, ne déclencha que des tirs sporadiques, par SOUCIS D’ECONOMIE !

D’autres erreurs ?
Nous avons noté deux divisions en place sur Sedan, mais le haut commandement qui pense à tout, en avait prévu une troisième, en réserve (il est malin le bougre), qui devait venir renforcer le dispositif existant, en cas d’attaque.
Premier problème, elle devait venir s’intercaler ENTRE les deux divisions existantes, obligeant à un mouvement général du dispositif en place.
Sans avoir fait l’Ecole de Guerre, il est facile d’imaginer que ce remaniement ne pouvait avoir lieu qu’en période calme, sans attaque ennemie.
Là, il serait bon qu’un stratège vienne nous expliquer comment on peut vouloir faire intervenir une division de réserve en cas d’une attaque ennemie et remanier tout le dispositif…sans attaque à sa mise en place ?

Second problème lié au premier, comment une division basée à 60 kilomètres de sa position future peut arriver au plus vite quand on oublie de la prévenir ? Aucun ordre d’alerte ne lui parviendra le 10, jour de l’attaque, elle n’arrivera donc à sa place dans la nuit du 12 au 13 mai, le dispositif à trois divisions maintenant, sera en pleine restructuration au moment de l’assaut de demain.

L’intoxication d’Hitler avait fonctionné à merveille. Le grand Q.G. Français fonçant tête baissée dans la muleta Belgo/Hollandaise qui ne comptait que 27 divisions, sans voir l’épée Ardennaise avec 60 divisions, dont 7 de Panzers et 3 motorisées.

De toutes façons, là comme ailleurs sur le front, l’armée Française, au moins depuis l’IGU que nous avons abordée en son temps, avait été uniquement préparée à une bataille défensive rigide, de déroulant selon NOS schémas.
Intellectuellement limités, nos états-majors étaient incapables d’imaginer la guerre à la façon Allemande, ou à toute autre façon d’ailleurs et donc encore moins d’apporter une technique valable pour la contrer.
Dans l’air comme sur terre, leur crédo c’était l’éparpillement des forces, en plus des tares et autres retards techniques, tous liés à cette petitesse d’esprit. L’attaque massive sur une portion du front afin de le faire céder et s’engouffrer dans la brèche ouverte, merci de voir ailleurs !

Pendant ce temps, au Cateau, près de Mons, une conférence au sommet avait lieu.
Y assistaient le roi de Belgique, Daladier, les généraux français Billotte et Georges, ainsi que le chef d’état-major de lord Gort, sir Pownall.
Il fallait prendre des décisions énergiques pour qu’un commandement efficace tente de colmater les brèches et de rendre coup pour coup aux Allemands.
Il n’en sortira que du vent et des formules creuses sans la moindre portée, et surtout pas en rapport avec la gravité de la situation.
Le général Billotte agirait comme délégué du général Georges, pour assurer la coordination des armées alliées en Belgique.
On dirait un devoir d’énarque.
Aucune précision sur l’étendue exacte de la mission, sur la délégation accordée, ni surtout sur le but de cette nomination. Le résultat ?
Billotte se trouva surchargé de travail, et ne s’occupa de la coordination envisagée que très superficiellement, Belges et Anglais ne recevant, de ce fait quasiment aucune directive permettant d’harmoniser les actions.

En ce qui concerne le ciel, au moins le ciel marin, deux informations importantes.
Le Farman 2234 Jules Verne, seul, est à Lanvéoc-Poulmic depuis le 10 et il se murmure qu’une mission serait en préparation. Imaginons l’influence qu’elle pourra avoir sur le déroulement des combats, malgré le courage de l’équipage !
Alors que des attaques aériennes sont lancées tous azimuts contre la Luftwaffe ou contre l’avancée des Panzers sur l'ensemble du front, à Berck, alors que les pilotes de l’AB2, sont impatients de se joindre à la bataille qu’ils savent cruciale et que les troupes Françaises en Hollande demandent de l’aide en étant au contact avec l’ennemi, le P.C. de l’amiral Abrial, qu’on trouvera un peu plus tard en Algérie nommé par Vichy, les contraints, en ne donnant pas l’ordre attendu, de « perdre » leur temps en entraînements.
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Re: La débâcle, la faute à personne ?

Messagepar pingouin » Sam 12 Mai 2012 23:11

Je sais bien qu'on en est pas encore arrivé là, mais pas étonnant que les FNFL aient eu envie de prendre le relais pour laver tout ça.
Non content de ses errements de 1940 Abrial à aggravé son cas en devenant fidèle serviteur du gouvernement de Vichy. La punition est tout de même tombée, mais il a seulement été arrêté à la Libération, condamné le 14 aout 1946 par la Haute Cour de justice à 10 ans de travaux forcés et dégradation nationale à vie pour sa collaboration avec le gouvernement Pétain. Sa peine fut ensuite commuée en 5 ans de prison et le 2 décembre 1947, il fut remis en liberté conditionnelle.Il fut ensuite réhabilité et eut droit à sa mort aux honneurs militaires volontairement limités.C'est pas cher payé.
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Re: La débâcle, la faute à personne ?

Messagepar vigi » Sam 12 Mai 2012 23:20

Et si il y avait que lui pingouin...
La liste est tellement longue. :evil:
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Re: La débâcle, la faute à personne ?

Messagepar nanard » Dim 13 Mai 2012 00:03

On a toujours eu un "don" pour la protection des fâcheux, mais curieusement, rarement pour leurs victimes...
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Re: La débâcle, la faute à personne ?

Messagepar nanard » Dim 13 Mai 2012 21:41

Ce 13 mai, tiens, c’est curieux, cette date revient de temps en temps dans notre Histoire, ce 13 mai donc, la guerre change de rythme et de figure.

C’est la date où notre grand Etat-Major commence à se rendre compte que le caporal moustachu les a roulés dans la farine.
Les handicapés de la jugeote qui y régnaient en maîtres étant persuadé que le monde entier réfléchissait aussi mal qu’eux, s’étaient auto-persuadés qu’il faudrait bien cinq à six jours aux Allemands, pour amener sur place, à Sedan, l’armement nécessaire à l’attaque.
Bien entendu, ce délai qu’ils prêtaient à l’ennemi, ils s’en servirent aussi comme excuse pour ne pas hâter l’acheminement des renforts indispensables.

Seulement, les Allemands, leur « truc », c’était la Blitzkrieg, ils l’avaient démontré en Pologne, mais visiblement, la leçon n’avait pas servi. Alors, ils renouvelèrent la démonstration.
Le 13 dans la matinée, un carrousel incessant de Stuka s’abattit sur les troupes Françaises.
5 heures, 5 heures durant, les sirènes se déclenchant durant le piqué de ces appareils sonnèrent dans les oreilles des fantassins, réservistes de surcroit, les paralysant totalement. Les servants des rares pièces de D.C.A. en oubliaient leurs canons, tous se terraient au fond des tranchées de l’inutile.
L’aviation ? Sans doute que personne ne songea à la prévenir à ce moment, dommage, le Stuka était quasiment le seul avion que nos chasseurs pouvaient « s’offrir » sans peine. Même le Morane MS 406 avait sa chance !
Coup de « chance » par contre pour les hommes, le résultat de cette action fut relativement faible, par contre, sur le moral, cette longue intervention fut une catastrophe.

La 1ère Panzerdivision n’avait plus qu’à traverser le fleuve, et dans l’après-midi, la première tête de pont nazie était en place.
Il fut bien temps alors de déclencher l’alerte aérienne.
Ce fut le pire exemple de cette erreur des dirigeants militaires des armées aériennes d’envoyer les hommes par petite quantité.
170 bombardiers furent expédiés, par petits groupes, attaquer les ponts provisoires installés par les Allemands pour franchir la Meuse.
A la fin de la journée, 85 avions, la moitié des participants, avaient été abattus, dont 35 Fairey Battle britanniques. Le pire est de savoir que ce sacrifice humain de grande ampleur n’avait servi à rien, puisque les survivants n’avaient même pas pu s’approcher suffisamment de leurs objectifs pour porter des coups décisifs.
Le Fairey Battle ? juste avant le conflit, il était considéré comme une étonnante réussite technique. Ce triplace de bombardement léger, n’emportait que 450 kg de bombes. Conçu en 1932 pour remplacer les antiques bombardiers biplans alors en service (tiens, de l’autre côté du Channel, on pense se débarrasser des biplans de bombardement dès 1932 ?), il fit son premier vol en 1936 et entra en service l’année suivante. A la déclaration de la guerre, ce sont 20 squadrons équipés du Battle qui s’installent, pour la plus grande part, sur notre sol.
S’il avait été le meilleur des candidats présentés à l’homologation, le désir d’obtenir une grande autonomie, près de 1700 km, avait conduit à une machine lourde, donc lente, 390 km/h, donc vulnérable. Sous motorisé et peu maniable en plus, il sera la proie rêvée pour les Messerschmitt 109 et la flak.
En mai 1940, après Sedan, le massacre se répétera lors de la bataille de Dunkerque. Ils seront alors retirés des premières lignes pour effectuer des tâches secondaires, mais il avait quand même été construit à plus de 2000 exemplaires.

A la nuit, la tête de pont mesurait 5 kilomètres de large sur 10 de profondeur.
La 55éme D.I., évoquée hier, est atteinte d’un phénomène d’hallucination collective, avant même la traversée du premier char, ils en voit partout, c’est la débandade complète.
En quelques heures de l’administratif au canonnier en passant par le simple fantassin, la quasi-totalité de la division se retrouve à errer sur les routes en direction de l’arrière, persuadés que les panzers sont à leurs trousses. Il faut dire qu'avec ce qu'ils venaient de subir...
Le commandement, celui qui avait été incapable d’apprécier sa chance à sa juste valeur, la veille, avec la possibilité de clouer sur place les blindés que maintenant les hommes craignaient tant, que voulez-vous en attendre ? Egal à lui-même, il sera incapable d’une réaction, d’une reprise en mains, laissant un trou béant dans un front déjà fort mal construit.

Mais si la guerre s’était enfin dévoilée, là où ne l’attendions pas, cela ne voulait pas dire que sur le reste du front on se reposait !
Le même jour, en Belgique, à 11 heures, les 3ème et 4ème Panzer, superbement aidés par les Stuka et par un violent tir d’artillerie, s’attaquent à une partie du front garanti par les chars Français, comme d’habitude, répartis en petits groupes.
L’avantage étant à la mobilité, n’en déplaise aux vieillards auteurs de l’IGU, à 17 heures, la messe était dite, la position Française débordée et les pertes lourdes, très lourdes, même si, grâce au courage de nos hommes, l’ennemi avait aussi subi des pertes importantes.
La quasi-totalité des chars attribués à cette zone des combats avaient été perdus en quelques heures.

Très loin de là, en Norvège, eh oui, la guerre ne c’est pas cantonnée chez nous, depuis une heure du matin, « bénéfice » de la proximité du soleil de minuit, les légionnaires débarquent à proximité de Narvik, soutenus par les canons de la flotte anglaise et 3 chars ! Ils repousseront les troupes nazies commandées par un ami personnel d’Hitler, Dielt, malgré les renforts envoyés par avions, réussissant la seule victoire alliée de cette période de la guerre.

Pour en revenir aux environs de Sedan, la petite histoire révèle que dans la nuit qui s’installe, le général Georges fut victime d’un accès de faiblesse et s’écroula en sanglotant sur un fauteuil : « Notre front a été enfoncé à Sedan, il y a eu des défaillances… »
Oui, c’est vrai, il y a eu des défaillances, la première de celles-ci, celle dont découlera le reste, fut réalisée en 1927 par un troupeau de vieillards étoilés, elle s’appelait l’IGU et était supervisée par le général …Georges qui pouvait constater, de visu, le résultat des inepties qu'il avait appelée de ses voeux, 13 courtes années plus tôt.

Mais le 13 mai, ce fut aussi la première intervention du Farman Jules Verne de l’Aéronavale dont je vous parlais hier. Seul, bien sûr, il ira bombarder les ponts de Maastricht, de nuit, pour tenter d’endiguer le flot ininterrompu des troupes et du matériel nazi.
Je ne vous parlerais même pas du résultat de cette mission, elle ne pouvait, dès le départ n’être que symbolique, mais elle marquera, elle et les suivantes, réalisées par le même appareil, la seule velléité d’offensive de la campagne de France, les autres n’étant, dans le meilleur des cas que la réplique à l’agression.
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Re: La débâcle, la faute à personne ?

Messagepar nanard » Lun 14 Mai 2012 21:41

La débâcle est en marche, inéluctable.
Comme si l’on voulait absolument perdre, la contre-attaque Française ne débute qu’à l’aube de ce 14 mai, avec, en tout et pour tout 2 bataillons de chars légers et un régiment d’infanterie. Même en essayant, en envoyer moins, ils n’ont pas réussi.

Si je vous dis qu’elle échouera, je ne pense pas que vous soyez surpris ! Deux bataillons de chars légers contre deux panzerdivisions !
Avec des chefs, enfin des vrais, la situation n’était pas encore perdu. Le 10 mai, à moins de 100 kilomètres des combats de la Meuse, se trouvaient trois divisions blindées Françaises. 600 chars de très bonne qualité qui ne demandent qu’à se battre.
Ils seront, comme le reste, mal, très mal utilisés.
La 3ème DCR est en place devant Sedan seulement aujourd’hui, sur les arrières des 1ère et 2ème Panzer, mais avant que la 10ème Panzer n’ait eu le temps de traverser.

La division Française restera sur place, confrontée aux difficultés de ravitaillement et à des incidents mécaniques qui ne pouvaient convaincre que ceux qui s’en servaient pour expliquer leur frilosité à aller au combat, entre autre un commandement le refusant objectivement.
Ah oui, vous ne savez-pas, mais pour le ravitaillement des chars Français, rien d’autres que des camions citernes est prévu. Curieusement, les Allemands ont résolus le problème avec des bidons ressemblant furieusement à des jerricans permettant le ravitaillement sur les lieux de l’offensive par des véhicules légers.
Comme un camion-citerne, par contre, c’est lourd et pas tout-terrains, ce sont les chars qui font demi-tour pour venir faire le plein, sur le bord de la route, très pratique en pleine offensive…
Ces tankistes qui rêvaient d’en découdre contre les grandes formations nazies, se retrouveront dispersés en petits groupes, c’est une manie, engagés dans des opérations locales ne présentant aucun intérêt au niveau où la bataille se déroulait. On ne prétend pas éteindre un incendie avec un verre d’eau.
Bon, il en reste encore deux des divisions ?
Oui, mais si vous le voulez bien nous en reparlerons demain, à ce jour, elles ne sont encore qu’en vadrouille. Imaginez, 4 jours pour parcourir 75 kilomètres avec des chars ! Laissez leur le temps !

Par contre, ce qui n’échouera pas, c’est la débandade de nos troupes, la division ramenée en renfort sur le front de Sedan, se débande comme la 55ème. Les militaires se répandent partout en s’écriant : « c’est pas la peine d’essayer ! Il n’y a rien à faire, on est perdus, on est trahis ! »
Il est certain que la dernière partie de ces propos défaitistes ne manquaient pas de clairvoyance. Entre les politiciens et les militaires de haut rang, il est certain que la Nation et son peuple pouvaient s’estimer trahis, à juste titre.

Morceau choisi de l’état d’esprit de notre haut commandement sur ce moment crucial :
« Cette direction de l’effort allemand (l’axe d’attaque par les Ardennes N.D.A.) correspond à l’une des éventualités prévues. Elle avait été jugée particulièrement favorable pour nous ! (sic !) L’ennemi s’engage ainsi dans une région de parcours difficile qui forme une sorte de nasse entre la Meuse et la Ligne Maginot dont il ne pourra pas sortir. (resic !) Sur la solidité de la Meuse, elle a été fortifiée pendant l’hiver, on n’a aucun doute : c’est une vallée encaissée avec de très bonnes vues de la rive gauche. L’ennemi y sera facilement contenu.»
Je vous dispense de la suite qui est du même tonneau, un hymne à la gloire de notre grand Q.G. qui a pensé à tout, à tout prévu et qui se réjouit de voir ces grands bêtas d’Allemands se prendre dans les pièges qu’il a préparé à son intention.
Le résultat est sous vos yeux.

Sur l’autre front, bien que trompe l’œil dans l’esprit d’Hitler, la guerre atteint des sommets, principalement dans l’anéantissement des civils.
Les Stuka écrasent Rotterdam sous des centaines de tonnes de bombes. Rotterdam n’était pas un enjeu stratégique majeur, cette action étant surtout menée pour mettre à genoux les Hollandais, leur statut de pays neutre ne les a vraiment protégé de rien, pour aboutir, le plus vite possible à l’armistice.
Résultat : 30 000 victimes, toutes ou presque civiles.
Les Hollandais, déjà abandonnés par les alliés, l’armée nazie poussant sur l’ensemble de cette partie du front, capitulent.
Le corps de cavalerie Belge cédait du terrain, les armées alliées commençaient à être sérieusement freinées, dans leur progression, par les routes encombrées de réfugiés fuyant les combats, quand les routes en question n’étaient pas prises comme cible par Stuka et Messerschmitt, mais le front, bien que reculant, avait encore une cohérence.

C’est aujourd’hui le tour de la 9ème armée Française de faire connaissance avec les Stukas du côté de Givet. Le résultat ne sera pas différent de celui de Sedan, le soir même, la 7ème panzer d’un inconnu nommé Rommel est déjà 15 kilomètres au-delà du front, tandis que notre 9ème Armée reflue dans le plus grand désordre, la brèche atteint une centaine de kilomètres

Dans les airs, la bataille fait rage aussi. La chasse étant par essence une discipline personnelle, ne dépendant que peu des décisions irresponsables des états-majors, nos pilotes se donnent à fond dans cette lutte de tous les instants.
Mais des faits curieux surviennent assez régulièrement, en particulier sur les Dewoitine 520, notre meilleure carte face aux Messerschmitt. Ils sont victime d’enrayages et/ou d’explosion d’obus dans le canon à la seconde rafale. On ne saura jamais la vérité sur ce problème, l’âpreté des combats ne permettant pas une commission d’enquête, malfaçons volontaires, plus clairement sabotage, ou incompétence dans la fabrication, mais aujourd’hui encore, c’est un sujet à ne pas aborder auprès de certains partis politiques ou syndicats.
Pour le moral, ces premiers jours de combats aériens, prouvent que malgré une insuffisance de performances remarquable, le Bloch 152 est au moins doté d’une incroyable robustesse, le record sera établi dans quelques jours avec un avion rentrant de mission avec 360 impacts de projectiles divers.

Toujours dans l’aérien, notre aviation de bombardement, enfin la partie bombardiers légers et moyens est depuis aujourd’hui en alerte totale, tout le matériel est considéré comme bon pour tenter de bloquer la machine de guerre nazie.
Les pauvres Amiot 143, et surtout leurs pauvres équipages, dont nous avions parlé un peu avant cette attaque générale, furent envoyés de jour, comme à la boucherie, avec des machines capables de moins de 300 km/h en pleine charge.
Devant Sedan, aujourd’hui encore, 40 appareils tombèrent, dont 28 détruits par la flak, parmi eux, combien d’Amiot 143 ?
Pour terminer, des nouvelles de l’AB2 basée à Berck, dont nous avions parlé il y a deux jours, les pilotes seront heureux d’apprendre qu’ils seront lancés contre les Allemands…sous peu.

Pendant cela, déjà bien loin de Sedan, les panzers de Guderian foncent vers la mer. La manœuvre est osée et même particulièrement risquée, la vitesse d’avance lui faisant perdre le contact avec les divisions d’infanterie.
Un état-major Français bien informé et capable de réfléchir autrement, pouvait, à ce moment faire basculer le cours des choses, seul un régiment, même SS, assurait la protection de son flanc gauche. Mais les troupes se volatilisent devant la violence du choc, des pans entiers de certaines Armée s’écroulent, la 2ème, entre autres, voit son aile gauche disloquée, le reste n’étant visiblement qu’en sursis.
La 1ère Panzer est accrochée, mais la 2ème roule déjà en terrain libre.
La débâcle est en marche, inéluctable.
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Re: La débâcle, la faute à personne ?

Messagepar nanard » Mar 15 Mai 2012 22:47

Je vous avais demander hier, de laisser ces divisions blindées françaises arriver. Dans les deux restantes, figurait la 1ère DCR.
Ce matin 15 mai, en faisant les pleins des réservoirs de la totalité de ses chars à l’aube, entre Philippeville et la Meuse, vous savez, le long des routes parce que rien n’a été prévu pour les ravitailler à leur poste de combat, elle sera violemment attaqué par deux Panzerdivisions, le combat sera très dur et quelques heures plus tard, les Français n’ont plus que 17 chars en état de combattre.
La seconde, la 2ème DCR elle, se fit surprendre en train de débarquer des trains qui l’amenait enfin sur le front, étalée sur 40 kilomètres, merci la logistique.
La contre-attaque des blindés français avait vécu.
La France n'avait plus de divisions blindées ce qui sera l'objet d'un accrochage entre Guderian et sa hiérarchie, le premier, parfaitement informé, et pour cause, de la décomposition rapide de l'armée Française, toutes spécialités confondues, la seconde, représentant le pouvoir suprême, inquiète, n'arrivant pas à croire que la France soit déjà à terre et demandant un arrêt de l'avance pour vérifier qu'un piège ne se préparait pas.
Seulement, pour préparer un piège, il faut être intelligent...

Des exemples de tenue de l’armée Française, il y en avait quand même. Telle cette défense sans faille de la 102ème division de forteresse qu’on apprend aujourd’hui, elle bloqua l’avancée des blindés de Hans Reinhardt devant Monthermé, mais dû se replier avec le 41ème corps la nuit dernière.
Il est certain que si les divisions engagées à Sedan avaient montré plus d’allant, commandement compris, les choses auraient pu évoluer différemment.

Pendant ce temps, Gudérian rassuré par l’arrivée de la 10ème panzer et le corps motorisé ne craint plus rien sur sa gauche. La voie de la mer est ouverte, la 2ème Armée qui tente de l’arrêter arrive à Montcornet à la stupeur du grand quartier général qui en est encore aux infiltrations allemandes !
La valse des chefs commence, mais bien sûr pas par le sommet, Corap, ex-patron de la 9ème Armée est remercié sans plus de problèmes, remplacé par Giraud qui doit chercher ses troupes en débandade jusqu’à Amiens et Compiègne…

A Paris, la journée réserve une surprise, la parution d’un nouveau numéro de l’Humanité clandestine.
Vous pensez que l’envahissement du territoire national fait partie de leurs préoccupations ?
Ben non, ils exaltent les grèves, en pleine guerre, dénoncent les profiteurs de guerre et la montée des titres industriels à la Bourse, dénonçant les « bandits » français, et analysent la situation sur le front comme la lutte entre deux gangsters, parlant du peuple allemand qui lutte contre sa bourgeoisie, invitant les Français au même combat.
Le peuple Allemand, ne luttait pas, dans sa quasi-totalité il était satisfait de l’ « honneur » retrouvé, levant bien haut le bras droit pour saluer le chef, ceux qui présentaient un avis différent étaient en prison ou peuplaient les camps de concentrations, qui, au départ, n’ont été créés que pour eux.
La fin de la tirade parlait d’affaiblir le pouvoir (qui n’avait vraiment pas besoin de ça !) dans les usines (par la grève ?) et dans l’armée (par la désertion ?), mais là, ils avaient un spécialiste avec Thorez, qui avait « abandonné » son unité fin 1939, pour partir au paradis des travailleurs par des chemins tellement curieux que son Parti préfère changer de sujet.

Ce soir, Billotte, comprenant que la trouée de Sedan ne sera jamais colmatée, prends une très grave décision, même si la situation le demandait, il commande le retrait des troupes alliées sur l’Escaut…en oubliant d’avertir les alliés immédiatement.
L’Anglais Gort ne l’apprendra que le lendemain matin à 5 heures, de quoi favoriser le rapprochement entre les deux armées.
Comme au vu des résultats militaires les britanniques commençaient en plus à s’interroger sérieusement sur nos capacités à maitriser la situation…
Quant aux Belges, il faudra qu’ils attendent jusqu’à dix heures pour savoir ce qui se préparait sur leur propre sol !

Ce soir aussi, la fin de message de Gamelin aux commandements d’Afrique du nord et du Levant est un chef d’œuvre d’irresponsabilité :
« en résumé, le 15 parait avoir été marqué par un ralentissement de l’intensité de l’action ennemie. Notre front qui a été ébranlé (sic !) entre Namur et la région située à l’est de Montmédy, se reconstitue peu à peu ».
Ce n’est pas au titre de généralissime qu’il aurait dû postuler cet homme, mais de chef de la propagande.

Avoir l’audace d’affirmer à d’autres militaires français de haut rang que le front se reconstitue alors que les Allemands ont Sedan maintenant loin derrière eux, que leurs panzers foncent vers la mer pour isoler les armées alliées envoyées sans réflexion dans le piège tendu, mériterait les félicitations du docteur Goebbels, un maître dans la catégorie intox.

Pour l’Aéronavale, la journée aura été marquée par la mission de soutien au rembarquement des troupes stationnées dans deux îles hollandaises.
9 Loire-Nieuport LN 401 de l’AB 2, enfin utilisée, partent, avec comme couverture de chasse, 8 Potez 631 de la F1C qui rendent au moins 100 km/h aux Me 109.
Faible réaction de la flak et de la chasse ennemie qui permet à la totalité des appareils et des équipages de rentrer à bon port.
Pour les résultats, la totalité des bombes I 2 de 150 kg chacune à bien été larguée, mais comme les LN 401 ne disposaient pas de viseurs adaptés, les pilotes ont fait pour le mieux !
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Re: La débâcle, la faute à personne ?

Messagepar vigi » Mar 15 Mai 2012 23:27

Je commence à mieux comprendre pourquoi le grand Charles c'est évertué à décapiter les réseaux de résistances communistes en gérant leurs commandement... à commencer par le rapatriement de certains chefs de cellule à Londres pour mieux les contrôler.
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Re: La débâcle, la faute à personne ?

Messagepar nanard » Mer 16 Mai 2012 08:43

Ouaips, mais on ne comprendra jamais tout, à la Libération, il n'y a pas que pour les hommes qu'il y a eu des comités d'épuration, mais pour les archives aussi... :fume:
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