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B.A.N. Cuers-Pierrefeu

MessagePosté: Mar 17 Avr 2012 09:23
par nanard
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Elle fut créée le 16 août 1918, à l'est de Toulon, aux confins du massif des Maures.
Consacrée principalement aux dirigeables, dans un premier temps, dès son ouverture fut lancée la construction des hangars ouvrant sur l'est. le hangar 1, au nord, sera achevé en 1920, le 2, au sud, en 1921. C'était deux cathédrales de métal de 250 mètres de long et de 30 mètres de haut réalisées avec des matériaux de récupération venant de l'est de la France.
Les locataires de ces hangars s'appelèrent Dixmude, ex L-72 allemand, récupéré en 1920 au titre des réparations pour dommages de guerre et le Méditerranée, ex Nordstern ou Zeppelin LZ-121.
En dehors de ces géants, il y eut, chronologiquement, les : Astra-Torrès AT-19 en janvier 1921 repartant provisoirement pour Aubagne d'où il venait en avril suivant, VZ-4 de Zodiac en mars 1923, accidenté moins d'un mois plus tard, à nouveau AT-19 en mai qui restera sur la base jusqu'en juin 1928, VZ-12 en août 1924 jusqu'à son désarmement en juin 1925, ZD-4, arrivé en septembre 1924 il connaitra le même sort que son prédécesseur en juillet 1927, AT-15 atterrissant en mars 1925 pour être retiré du service actif en novembre suivant.

A la fin de 1923, un drame d'ampleur national eut lieu, à quelques jours de Noël. Le Dixmude, qui venait de battre un record du monde de vol sans escale, 9000 Km en 118 heures !! disparaissait du côté de la Sicile avec 50 personnes à bord. Au titre des coïncidences, dans les disparus figurait le docteur Pellissier, qui laissait à la postérité la fresque murale qu'il avait peint sur un mur du carré des officiers de la base de Cuers-Pierrefeu.
La suite de l'année sera aussi l'objet d'une visite de courtoisie de dirigeables italiens, dont le Nobile fin mai, tandis que l'AT-24 fera une longue escale de octobre suivant à juin 1926, date de son désarmement. Le summum sera atteint avec l'escale technique très médiatisée du Graf Zeppelin soi-même, en mai 1929, avant son départ pour Friedrichshafen.

Malgré tout, les plus légers que l'air durent partager le terrain avec l'avenir volant, l'avion, dès le 3 mai 1923, avec la création de l'escadrille B 302, héritant, par malchance des LeO 7-3, remplacés, en janvier 1925 par des Farman 60. Son appellation sera modifiée pour 5B2 en mars suivant, prélude à son départ pour Fez et la guerre du Rif en septembre. Suivra la T 402, créée sur place le 17 décembre 1924, sur le même type d'appareil, connaissant la même destinée marocaine, à partir de mars 1925.
La 5B3 ne sera créée à Cuers qu'en octobre 1925, elle sera équipée de Farman 65 et partira à la fin de l'année 1926. Ce fut peu après que la base s'enrichira d'un entrepôt secondaire dépendant de l'EGAM et stockant le matériel destiné à l'entretien des appareils basés sur la côte méditerranéenne.
Venant de Hyères en septembre 1939,l'escadrille 3S2 voyageait sur de bien étranges machines, les autogires. Ils firent de la surveillance côtière jusqu'à leur départ pour les rivages de la Manche en février 1940, tandis que début juin suivant, quand les jeux étaient déjà malheureusement faits, on y trouva la AC3 sur Bloch 151 et l'AB3 sur Vought 156F.

Ces formations prirent de plein fouet le raid italien du 15 juin 1940 sur Toulon et sa région, 6 Vought furent détruits au sol et 2 Bloch 151 en combat aérien durant cette opération.
Cuers sera désarmée en novembre 1942, lors de l'invasion de la zone dite libre par les Allemands qui occuperont la base, après l'avoir tout d'abord confié à leurs alliés italiens, jusqu'à la défection ce ces derniers.

Réarmée à l'issue du débarquement de Provence le 21 août 1944, dès la fin de l'année elle recevait l'escadrille 4S et ses Walrus en provenance d'Aspretto. C'est aussi à Cuers que fut créée la 1FC sur Seafire III le 1er octobre 1945, elle deviendra 1 F au 1er janvier suivant, lorsqu'elle sera installée à Hyères.
La base revivait ses anciennes amours, avec l'installation provisoire de trois dirigeables américains Goodyear, les K-109, 112 et 134.
Autre création sur place, la 3 S qui après une courte escapade en Allemagne, devint la locataire la plus assidue du site. Cette escadrille regroupait tous les avions de servitude de la troisième région maritime, joyeux casse-tête pour la maintenance en cette période de disette.
En avril 1952, elle abritera même les trois Lancaster de l'escadrille 10 S, celle de la CEPA, durant dix ans, la piste de leur base d'attache de Saint-Raphaël ne pouvant concurrencer la longueur de celle de Cuers qui, avec ses 2000 mètres permettait une certaine sérénité aux équipages. Autre locataire, la 22 S avec deux ACC 1/Ju 52, gréés pour l'écoute, au titre de l'EEEBS. Si elle deviendra 12 S sur place le 20 juin 1953, elle partira en juillet 1954 pour Saint-Mandrier afin d'être transformée sur Sunderland.
On y trouva aussi, jusqu'à leur retrait définitif, les Aquilon survivants de la 16 F, devenue Section Aquilon de Cuers.
Ils subiront le sort qui fut réservé en 1965 aux Corsair et autres TBM, la découpe, sans aucun esprit de conservation.
La locataire de toujours, la 3 S, gagnera Hyères la voisine par manque d'IFR et d'équipement de vol de nuit le 1er septembre 1967. Elle y sera suivie, en octobre 1994 par l'ERC arrivée en juin 1979. Les hangars, amers remarquables s'il en est, furent détruits pour cause de vétusté, le n°1 en 1977-78, le n°2 en 1983-84.

En 1992, l'AAC devint AIA .
De bien belles pages de l'histoire de l'Aéronautique navale y avaient été encore récemment écrites, comme la transformation en F8-P de 17 des 19 Crusader restants, mais aussi la mise à niveau des 51 Super-Etendard pour en faire des SEM.

Le 1er octobre 1997, la BAN disparu et devint l'Etablissement de l'Aéronautique navale de Cuers-Pierrefeu, puis EAAN, Etablissement Annexe de l'Aéronautique Navale regroupant l'ARAN, l'EPAN et l'EIMA. Aujourd'hui, le site est entièrement entre les mains des civils de l'AIA.

Re: B.A.N. Cuers-Pierrefeu

MessagePosté: Mar 17 Avr 2012 17:16
par pingouin
Beau travail sur Cuers-Pierrefeu, nanard, que j'ai connu en 1946 à mon retour d'Angleterre en route pour le cours de volant à Lartigue, mais ce n'était pas à la B.A.N mais au Dépôt Aéro de l'époque, situé dans une annexe à côté de la gare de Cuers-Pierrefeu, à proximité d'un bar resto, la nuit on nous employait faire le quart pour surveiller un magasin de la gare, rempli à ras-bords de Dinghys et de Mae West allemands, pour éviter la fauche.Par la suite cette annexe a été dissoute, aujourd'hui la vieille gare de Cuers existe toujours mais les autres bâtiments ont disparu.

Un petit détail sur 1945, les RG des Catalina qui partaient sur l'Indo en provenance d'Agadir se passaient alors aux ateliers des CN du Mourillon, mais ces activités furent transférées assez rapidement dans l'un des hangars à dirigeables de Cuers, qui assura ainsi toutes les RG des Cats de la 8F pendant leur présence en Indo, avec un hic ... et pas des moindres, car les équipages qui venaient reprendre leurs avions eurent parfois des mauvaises surprises, découvrant lors des essais des dysfonctionnements inexcusables sur des appareils sortant de RG, mettant en cause la bonne exécution des travaux effectués, enquêtes de la Gendarmerie Maritime à la clé, pour découvrir de la limaille et des morceaux de lames de rasoir dans les cylindres, des bouts de ferraille dans les réservoirs et des bouchons d'étoupe dans les tuyauteries, toutefois personne ne sera inquiété, il existait sans doute des connivences locales avec les ouvriers civil des ateliers de Cuers. Ces derniers, par idéologie pour le Parti, n'hésitaient pas à mettre volontairement en danger la vie des équipages, un second Catalina fut obligé de se poser en catastroiphe en Lybie alors qu'il sortait de RG, amenant le mécanicien volant à découvrir plusieurs sabotages moteurs ...sans compter les sabotages à retardement qui furent heureusement toujours dépistés par les mécanos de Tan Son Nhut. Tout ça pour aider les "camarades Viet-Minh ", malheureusement Cuers, c'était ça aussi, et c'est bon de le rappeler.

Re: B.A.N. Cuers-Pierrefeu

MessagePosté: Mar 17 Avr 2012 21:33
par nanard
Tu as raison d'insister sur cette mentalité de m... qui autorisait les camarades à jouer avec la vie des autres. Cela avait commencer en 40, entre autres chez Farman, sauf que là les quatre coupables, comme par hasard encore des camarades, furent fusillés.
Il est vrai que dans le sud, ce genre de saloperie est couverte par une mafia pas croyable, politique, syndicale et autre.
Merci pour les compliments, mais là, comme il dit l'autre, j'y était :mrgreen:
Dis donc au fait, ton hotel-restau, il était loin du claque qui devait déjà exister :?: :lol: :lol: :fume:

Re: B.A.N. Cuers-Pierrefeu

MessagePosté: Sam 20 Sep 2014 06:54
par emmasam
Oui vigi, ce n'est pas un mauvais souvenir pour autant, nous avions alors 18 ans et tout l'avenir devant, les rigueurs de l'Occupation étaient bien pires ...