J'ai connu Thiersville début 1945, voici quelques souvenirs.
Voyage Alger Thiersville - fin janvier 45
Nous partons d’Alger par la gare de l’Agha. Hommes 40, Chevaux en long 8, indiquent les wagons, pendant trois jours à découvrir l’Algérie en trains de marchandises. Lors des nombreux arrêts nous allons nous dégourdir les jambes et prendre de l’eau, en arabe
el ma , les Algériens en burnous nous vendent des pastèques, des figues de barbarie
karmous et des cigarettes américaines
garo , ils ont presque tous des longs bâtons et insistent souvent pour nous acheter nos vêtements civils. A l'époque les tissus étaient rationnés en Algérie. Attention à la monnaie ! car ils courent vite ... Au départ du train ils nous montrent souvent leur virilité en remontant et en agitant la djellaba, et parfois nous lancent des pierres quand ils ne sont pas satisfaits de la transaction ...
Arrivés dans l’Oranais nous changeons de train à Perrégaux, puis nous passons près de Mascara, pays du vin et des orangers, avant poursuivre sur Thiersville notre destination finale. Vers le sud, c’est la route de Saida, au hasard des passages à niveau nous voyons des pancartes évocatrices du désert, Colomb-Bechar, Bidon 5 …
Carte de la région de Mascara avec les anciens noms.
Base de Thiersville ( Algérie )- février 45
Nous découvrons notre première B.A.N. ou Base Aéronautique Navale. Située au sud d’Oran cette base à été occupée un temps par les Américains, puis comme école du personnel volant, début 1945 elle n’est plus opérationnelle et sert d’annexe au Centre de formation d'Arzew pour les nouvelles recrues en attente de cours.Le jour de notre arrivée un second-maître de l’encadrement est tué sur le coup par un car, écrasé lors d’une manœuvre de recul...
Plan de la base de Thiersville en 1946

Plutôt sec et désertique ...

L’endroit est plutôt sec et désertique, il n’y a plus d’avions à demeure sur la base, les bâtiments sont assez éparpillés et il fait très chaud, en plein midi, la piste et les chemins de roulement sont écrasés de soleil. Quand nous nous rendons du casernement au réfectoire en colonne par deux, nous chantons
Nini peau de chien et
C’est nous les Africains, inutile de préciser qu'au retour le quart de cambusard chauffe nos jeunes têtes ! heureusement que la sieste est obligatoire, silence dans les hamacs …
Le soir nous sortons pour aller au village de Thiersville à travers les vignes, nous sommes avertis d'avoir à circuler en groupe la nuit, car parmi ceux qui nous ont précédés certains isolés sont revenus à poil ! comme dit plus haut, les vêtements sont rares à l’époque en Algérie.
Une nuit, mousqueton sur l'épaule, je suis de faction de minuit à quatre sur la piste pour garder un Lightning P38 américain en escale, je vois deux yeux brillants dans le noir ! C’est mon premier chacal... la trouille me prend, je lâche un coup de mousqueton ! Je réveille toute la base et l’officier de garde se pointe avec sa Jeep ... Je ne vais pas au gnouf de justesse ...
En mars une otite double avec quarante de fièvre me fait connaître l’hôpital de Mascara pendant huit jours, ce qui me permet de faire une expérience nouvelle dès mon arrivée dans la chambre, je trouve mon voisin de lit immobile et un peu grisâtre ! Il est raide mort ! Heureusement j’entends l’infirmier dire : C’est Pastor on va l’emmener ! Je vois donc mon premier macchabée ! au revoir Pastor ! avec mes 40 de fièvre, je trouve quand même l’accueil un peu dur et surtout pas très rassurant pour la suite.
Huit jours après je suis de retour à Thiersville, et là déception ... toujours pas désigné pour les cours en GB, et comme la place manque, il est prévu d’envoyer certains d’entre nous en attente ... au Maroc ! Ce qui me permettra de connaître Casablanca, Agadir et Khouribga dans les semaines qui suivirent.