La fin d'un mythe


Au niveau opérationnel, le Tomcat n'a pas pu afficher un tableau de victoires aussi "flamboyant" que le F-15 Eagle, bien que l'occasion se soit présentée à de nombreuses reprises.
Cependant, même s'il n'avait que très peu combattu sous la cocarde américaine, le Tomcat eut une carrière longue et intense.

A l'époque de la Guerre Froide, peu de pays pouvaient se permettre d'acquérir ce chasseur très performant mais aussi très coûteux (env. 38 M$ l'unité).
Finalement, seul l'Iran allait se porter acquéreur de 80 exemplaires, ainsi que d'un lot de missiles Phoenix, car il espérait stopper les fréquentes incursions des Mig-25 Foxbat soviétiques dans son espace aérien.
Equipé à l'époque de F-4 Phantom II, l'Iran était incapable de les envoyer jusqu'à l'altitude où croisaient les MiG-25 Foxbat soviétique en toute impunité, ou même d'essayer de les rattraper.
Mais lorsque les premiers Tomcat arrivèrent enfin en Iran, les incursions soviétiques cessèrent rapidement après deux interventions victorieuses des F-14 et de leur AIM-54.
Les F-14 iraniens furent donc les premiers, et les seuls à revendiquer des victoires aériennes avec des AIM-54.
Pendant le conflit Iran-Irak, les Tomcat iraniens continuèrent à employer l'AIM-54 Phoenix en combat.
Cependant, victimes de l'embargo et faute de pouvoir disposer de Phoenix en quantité suffisante, ces Tomcat iraniens servaient surtout de plate-formes d'alerte avancée (AEW) pour guider les F-4 Phantom et F-5 Tiger.
Manquant d'entraînement au combat air-air, ils furent souvent "coiffés" par les Mirage F1 irakiens, et un certain nombre aurait même été abattu.

L'une des missions des plus marquantes fut le déroutement d'un B-737 d'Egyptair par une formation de quatre Tomcat du VF-74 " Be-Devilers " et du VF-103 " Sluggers " en octobre 1985, au-dessus de la Méditerranée.
Le Boeing égyptien transportait à son bord les terroristes qui avaient pris en otage le paquebot italien Achille Lauro et abattu un touriste américain handicapé.
Malgré des demandes insistantes d'extradition, les Egyptiens refusaient de livrer ces hommes aux autorités américaines.
Le président américain Ronald Reagan, après avoir consulté son Etat-major, décida donc d'agir lorsqu'il apprit que le vol convoyant ces terroristes allait passer à proximité du Groupe de combat de l'USS Saratoga.
F-14 Tomcat
En mars 1986, les F-14 Tomcat revinrent au devant de la scène lorsque des missiles sol-air libyens furent tirés dans leur direction.
En guise de riposte, les avions des porte-avions USS America et Saratoga attaquèrent et détruisirent tous les sites de lancement, ainsi que plusieurs patrouilleurs libyens présents dans le Golfe de Syrte.
Un peu plus tard dans l'année, les Tomcat revinrent à nouveau pour couvrir l'Opération " Eldorado Canyon " de bombardement des villes de Tripoli et de Benghazi.


Durant la Première Guerre du Golfe, les Tomcat étaient littéralement au chômage technique, car les F-15 Eagle de l'Air Force, équipés du tout nouveau NCTR, se taillaient la part du lion, en patrouillant en plein territoire irakien, où les opportunités de combats air-air étaient nettement plus nombreuses.
Les Tomcat, eux, étaient cantonnés à la mission de couverture des groupes aéronavals.
Mais la véritable raison pouvait s'expliquer par le fait que les pilotes irakiens connaissaient parfaitement l'AWG-9 depuis la Guerre Iran-Irak, mais aussi par leur réticence à vouloir se risquer au-dessus de la mer.
Dès qu'ils détectaient les émissions de l'AWG-9, les chasseurs irakiens rebroussaient chemin.
Alors que celui de l'Eagle, ils ne l'avaient encore jamais rencontré jusque-là.

Début 1999, pendant l'Opération " Southern Watch " au-dessus de l'Irak. Une patrouille de deux F-15 Eagle et quatre F-14 Tomcat de la VF-213 " Black Lions " furent engagés par pas moins de treize MiG et Mirage F-1 irakiens.
Les Américains appliquèrent la Résolution de l'ONU et firent feu sur les avions assaillants.
D'après les rapports, aucun des Irakiens ne furent abattus ce jour-là, à part un seul qui s'écrasa à l'atterrissage, faute de carburant.
Après cet accrochage, plus aucun vol irakien n'était plus revenu défier les avions de l'OTAN au-dessus de la " No Fly Zone ".

F-14 Tomcat Avec le temps, la situation géopolitique changea, et la tendance n'était alors plus au chasseur confiné à une ou deux missions spécifiques, mais à un chasseur multirôle.
La chute du Bloc de l'Est constituait pratiquement le chant du cygne du F-14 Tomcat, même si l'US Navy continuait à l'employer à ce moment-là dans ses squadrons de première ligne.
Pour justifier le budget qui lui était alloué, le Tomcat avait donc dû s'adapter. Dans l'espoir de pouvoir préserver son avion de légende, la Marine décida de diminuer graduellement sa communauté de Tomcat.
Son idée était d'essayer de re-motoriser la totalité de sa flotte restante avec le performant General Electric F110 et de les mettre au standard D, avec l'introduction d'une nouvelle avionique, afin de permettre à l'avion d'effectuer des missions d'attaques air-sol.
Mais sur le porte-avions, le chasseur-bombardier par excellence était désormais le nouveau F/A-18 Hornet.
Ainsi, on peut dire que le Tomcat avait un grand "F" et un petit "a", et le Hornet, l'inverse.
Avec le temps, et sa cellule vieillissant, le Tomcat réclamait trop d'heures d'entretien et coûtait de plus en plus cher (50 heures de maintenance pour 1 heure de vol).
Avec les guerres d'Irak et d'Afghanistan, qui sont des gouffres à dollars, il n'était plus possible de garder en service ce chasseur d'interdiction à longue distance qu'était le F-14.
Son déploiement, puis l'entretien, devenaient bien trop onéreux. Par conséquent, sa mise à la retraite fut sans appel.

Une affaire rocambolesque et confuse allait encore accélérer sa mise en retraite anticipée.
Lors d'une perquisition en Californie, des agents fédéraux américains mirent la main sur quatre F-14 Tomcat " intacts ":
-Un au Planes Of Museum.
-Deux au Yank Air Museum, à Chino.
-Un sur un plateau de tournage à Victorville, appartenant au producteur de la série télévisée JAG, Donald Bellisario.
Les trois premiers exemplaires n'auraient pas été démilitarisés et auraient été vendus de façon non autorisée par le biais de sociétés privées.
L'affaire s'avéra encore plus complexe pour le quatrième, car, selon les dires du producteur, il lui avait été donné dans le cadre du tournage de sa série télévisée, par l'US Navy, qui lui avait assuré qu'il était démilitarisé.
Concernant les trois premiers F-14, ils auraient été retirés du service au milieu des années 1990 sur la base de Point Mugu et vendus à un ferrailleur au prix de (seulement) 4 000 dollars pièce.
Selon l'enquête des Douanes, la Marine aurait manqué à son obligation de s'assurer que tous les équipements militaires avaient été correctement démontés.
Les deux musées de Chino, sans le savoir, avaient racheté ces avions au ferrailleur. Et, c'était en enquêtant sur une possible filière de pièces détachées vers l'Iran que les agents fédéraux avaient eu connaissance de ces avions.
L'enquête avait finalement montré que les deux musées étaient hors de cause. Finalement, seule la mauvaise démilitarisation de ces appareils était embarrassante pour les autorités américaines.
Finalement, Dick Cheney, alors Ministre de la Défense, tira la dernière salve sur l'avion en ordonnant la fin du programme F-14 " séance tenante " et la destruction immédiate des chaînes de montage de l'avion.
Il décida par ailleurs le lancement du F/A-18 E/F Super Hornet, destiné à assurer le rôle qui devrait choir au Super Tomcat 21.
Prétextant une profonde crainte de voir les pièces du F-14 tombées entre les mains d'une nation " voyou ", il désirait voir tout le parc de F-14 finir sous les chalumeau des ferrailleurs. Mais l'on sait qu'en vérité – et c'est un secret de polichinelle - Dick Cheney possède une part de bénéfice importante dans le nouvel avion de Boeing-McDonnell Douglas.
Il était donc dans son intérêt de voir cet avion entrer en production au plus vite.
Après être entré en service sur une confrontation politique, le Tomcat quitte la scène pour la même cause.

La dernière mission de guerre du F-14 eut lieu le 8 février 2006. Il s'agissait d'une opération de bombardement sur l'Irak.

Le dernier vol d'un F-14 américain, lui, eut lieu le 4 octobre 2006, à bord d'un F-14D Super Tomcat des " Tomcatters " (VF-31).

Beaucoup d'appareils ont été donnés à des musées et les autres ont été ou sont sur le point d'être ferraillés, pour ne pas être utilisés clandestinement comme pièces de rechange par l'Iran.

Aujourd'hui, le F-14 Tomcat ne vole plus que sous la cocarde iranienne.
Selon les derniers rapports des Américains, l'Iran en posséderait encore une trentaine après être parvenu à reproduire certaines pièces vitales de l'avion.
En revanche, les missiles Phoenix livrés à l'époque du Shah seraient inutilisables.
L'Iran a réussi à transformer certains systèmes d'armes pour les réadapter pour sa flotte de Tomcat. On a pu découvrir, par exemple, des clichés de Tomcat avec des missiles sol-air Hawk sous pylônes. Mais à ce jour, on ignore tout de l'efficacité de cette " association " plus qu'originale.

F-14 Tomcat Le F-14 Tomcat fut un pur produit de la Guerre Froide, destiné à protéger les Task Force américaines (CVBG), sa mission principale était l'interdiction à longue distance, afin de prevenir tous risques d'attaques aériennes nucléaires ou classiques contre les batiments de l'US Navy. Attaques qui n'eurent jamais lieu.
C'était d'ailleurs la raison d'être de la synergie F-14/AWG-9/AIM-54.
Le fait d'ajouter durant sa conception une capacité de "dogfight" à cet appareil fut à la limite du non-sens car, pourquoi aller exposer dans un combat rapproché contre des adversaires beaucoup plus légers et économiques toute une installation électronique extrêmement coûteuse, lourde et délicate qui n'a sa place que dans le combat à très longue distance contre des formations de bombardiers ?

Enfermé dans ce carcan de l'interdiction aérienne à longue portée, on comprend mieux pourquoi le programme a été abandonné à la fin de la Guerre Froide marqué par la chute de l'URSS.
Bien que le F-14 Tomcat fût devenu un avion de combat extrêmement polyvalent avant la fin de sa carrière, il avait de plus en plus de mal à trouver sa place dans le contexte géopolitique actuel.
Est-il encore raisonnable de garder en service un tel système d'armes, fragile, sophistiqué et surtout onéreux, alors même que l'US Navy devait réduire ses dépenses ?
Enfin, maintenir le F-14 aurait imposé une nouvelle production, car la plupart des appareils en service avait un potentiel sérieusement entamé.

Toutefois, on peut souhaiter à l'US Navy de ne pas s'être trompée… Car, à l'heure où ces lignes ont été rédigées, plus aucun appareil de l'inventaire US n'est en mesure d'assumer la mission dans laquelle le Tomcat excellait : la défense à longue distance de la Flotte.
Et ce ne sera certainement pas le F/A-18 E Super Hornet qui pourra le faire.


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