AIM-9 Sidewinder


Caractéristiques:(AIM-9M-8)

Mise en service:  1956 (AIM-9A).
Retrait:  En service.
Type:  Missile air-air courte portée.
Constructeur:  Raytheon Co.
Motorisation:  Un moteur-fusée Rocketdyne Hercules-Bermite MK 36
Longueur:  2,85 mètres.
Diamètre:  12,7 cm.
Envergure:  63 cm.
Masse:  86 kg
Plafond de vol:
Distance de tir:  18 km
Distance de vol minimum avant acquisition:  1 km
Vitesse:  Mach 2,5 +
Guidage: Autodirecteur infrarouge WGU-4/B.
Charge militaire:  9,4 kg d'explosif à fragmentation
Déclencheur de la charge: .
Coût:  85 000 $.


Historique:

L'histoire des premières armes appelés " missiles air-air " débuta en Allemagne, avec le X-4 Ruhrstahl.
Ce projectile était filoguidé et était " piloté " par l'avion tireur à l'aide d'un manche à balai.
Heureusement pour les Alliés, il arriva trop tard sur le théâtre des opérations.

Tout de suite après la guerre, on se mit à étudier des missiles sol-air et air-air capables de contrer les vagues de bombardiers qui, selon les critères de l'époque, domineraient les cieux pour le prochain conflit à venir.
La plupart de ces missiles utilisaient le guidage par radar qui s'était aussi considérablement développé durant la guerre.
Seulement, ces missiles pêchaient par leur masse, leur complexité et, surtout, par la vulnérabilité du système qui imposait au lanceur (avion ou site DCA) de suivre l'évolution de la cible jusqu'à sa destruction. Pendant ce laps de temps, le lanceur pouvait lui-même devenir la cible de quelqu'un d'autre.

La solution vint d'un scientifique anti-conformiste, qui venait de mettre au point un nouveau concept dans son garage aménagé en laboratoire en Californie.
Cet homme s'appelait William B. McLean, et son idée était d'autant plus géniale qu'elle était simpliste.
Pourquoi ne fabriquerait-on pas des engins susceptibles de suivre un avion uniquement par la source de chaleur dégagée par la tuyère du réacteur ?
Si la tête chercheuse du missile était capable de s'autoguider vers la source de chaleur, cela impliquait qu'il pouvait s'affranchir du guidage de l'avion ou du site lanceur. Ce dernier pourrait donc se désengager pour se consacrer à une nouvelle cible ou échapper à une autre menace, diminuant ainsi sa vulnérabilité.
Sa solution au problème fut de concevoir un détecteur électronique doté d'une cellule photoélectrique, capable de détecter toute source de chaleur, ou de radiations infrarouges.

Les premières têtes chercheuses étaient équipées de détecteurs au sulfite de plomb dont les propriétés électroniques étaient altérées par la saturation de radiations infrarouges.
Contrairement à ce qui était affirmé durant des décennies, ces têtes chercheuses de première génération n'étaient pas attirées par la chaleur des gaz d'un réacteur, mais par les radiations infrarouges émises par le métal chauffé par les gaz d'échappement.

L'avantage technique par rapport au missile à guidage radar était multiple : gain de taille, de masse et de coût de fabrication de l'arme.
Cette découverte permit donc à McLean de mettre au point un missile, nommé à l'origine " Local Project 612 ", qui ne pesait que 70,45 kg, et qui utilisait comme base la roquette HVAR de 127 mm.
McLean modifia cette roquette HVAR en y intégrant un groupe moteur, la charge explosive et l'électronique.
A l'arrière, il installa quatre ailettes de queue, auxquelles il ajouta un système de petits stabilisateurs - rolleron - qui permit de générer un effet gyroscopique pour stabiliser le missile durant son vol.

Dès les premiers tirs d'essai, le missile - qui allait devenir Missile d'Interception Aérienne Type 9 (AIM-9) - gagna son surnom de " Sidewinder " du fait de sa trajectoire ondulante si particulière rappelant la reptation d'un crotale.
Sa fiabilité et sa précision enthousiasmèrent les pilotes d'essais de China Lake.
Mais, ce missile avait surtout un très gros avantage.
Il pouvait s'adapter sur tous les types de chasseurs existants, sans modification majeure de l'appareil.

L'US Navy et l'US Marine Corps décidèrent d'adopter l'AIM-9 comme le missile standard de combat rapproché.

La première utilisation opérationnelle du Sidewinder eut lieu en 1958.
Les USA avaient spécialement modifié des F-86 Sabre taïwanais pour emporter sous leurs ailes ce nouveau missile, afin de contrer les incursions des MiG-17 Chinois dans leur espace aérien.
Même si le Sidewinder ne s'adjugea qu'un petit pourcentage des victoires aériennes obtenues durant cette crise, son impact stratégique fut immense.

Dix ans plus tard, les premières versions du Sidewinder entrèrent en action un peu partout à travers le monde, aussi bien au-dessus du ciel pakistanais, nord-vietnamien que moyen-oriental.
Il était alors reconnu comme le plus efficace des AAM alors en service, aussi bien pour sa fiabilité que son pour faible coût, reléguant même au second plan les missiles à guidage radar, plus volumineux et coûteux.
Son efficacité fut telle que, aussitôt après la Crise de 1958, lorsqu'un Mig-17 chinois rentra à sa base avec un Sidewinder non explosé dans sa tuyère, les Soviétiques mirent aussitôt à profit cette prise pour développer l'AA-2 Atoll.

Cependant, malgré son succès, le Sidewinder avait de nombreux points faibles, que la guerre du Vietnam allait mettre en évidence.
Le premier modèle, l'AIM-9B, avait une portée relativement modeste (5 km), et sa tête chercheuse ne pouvait acquérir un objectif et se verrouiller dessus que si l'avion lanceur était correctement placé derrière la cible (arc de 90° centré autour du plan de vol).
Il était très facile à leurrer par des brouilleurs infrarouges ou leurres thermiques, voire même le soleil ou la chaleur émise du sol (il suffisait de tirer sur un objectif à 20° par rapport à l'astre pour que le missile ignorât sa cible pour se verrouiller droit vers le soleil).
De plus, l'électronique était alors à ses débuts et ne présentait pas la fiabilité nécessaire pour résister aux chocs des appontages répétés, ainsi qu'à la chaleur et l'humidité de certaines régions comme le Sud-est asiatique.


En 1968, une étude de l'US Navy diagnostiqua les performances décevantes de l'ensemble chasseur-radar-missile au Sud-est asiatique.
Le Sidewinder subit alors des modifications.
Deux nouvelles versions virent le jour:
-E pour l'Armée de l'Air.
-D pour la Marine et le Marine Corps.
Ces deux versions se distinguaient des précédentes par l'ajout d'un dispositif de refroidissement de la tête chercheuse.
La version E était dérivée de la B et avait d'excellentes performances à basse altitude.
La version D, elle, avait un moteur-fusée plus puissant qui allongeait sa portée jusqu'à 20 km, et elle possédait aussi une ogive plus puissante.

Vint ensuite la version J, avec une tête améliorée.
Elle était nettement plus manœuvrable et sa portée était de 16 km.
Les performances étaient optimisées, les paramètres de tir augmentés et, surtout, l'angle de tir avait été nettement élargi : il atteignait à présent 180°, à courte ou longue distance.
Cette deuxième génération du Sidewinder allait devenir l'épine dorsale des missiles air-air du monde occidental des années 1970.

Une décennie plus tard arriva la version L du Sidewinder.
C'était la troisième génération du missile.
La version M, fut l'ultime évolution de cette génération. Tout comme la version L, elle est communément utilisée par les pilotes de la Marine, de l'Armée de l'Air et des Marines.
Pour l'USAF, la version M arma tous les F-15 Eagle et F-16 Fighting Falcon. C'était l'arme de combat rapproché principal (jusqu'à l'arrivée du AIM-120 AMRAAM).
Pour l'US Navy, cette version arma les F-14 Tomcat jusqu'à son retrait du service, ainsi que les F/A-18 Hornet et Super Hornet.

Le missile a conservé jusqu'à ce jour son apparence tubulaire avec ses empennages cruciformes avant et arrière, ceux de l'avant servant au guidage en vol.
Le nez du missile, plus profilé que celui des anciennes versions, comporte un petit radôme transparent qui abrite la tête infrarouge.
L'AIM-9 a toujours conservé son diamètre de 127 mm, ce qui le rend facilement adaptable sur tous les rails de lancement. En contrepartie, ce tube de faible dimension ne facilite pas les perfectionnements continuels.
Ainsi, certains concepteurs, en l'occurrence soviétiques ou européens, ont depuis abandonné ce faible diamètre pour pouvoir installer des propulseurs plus puissants et, bien sûr, des charges explosives plus conséquentes.

L'AIM-9 M est construit à partir de 1981, cette version a une longueur totale de 2,87 m avec un empennage canard avant de 381 mm et quatre ailettes de queue de stabilisation de 630 mm, pour un poids total de 88,2 kg.
Son système de guidage (GCS), logé dans le nez, est un WGU-4A/B, muni d'un autodirecteur infrarouge.
Composé d'un détecteur à indium antimonié et refroidi par un cryostat cyclique, le GCS est monté sur une sorte de rotule gyroscopique " à suspension " derrière un radôme transparent en fluorure de magnésium, matériau fragile mais extrêmement réceptif aux rayonnements infrarouges.
Les rayonnements infrarouges " captés " sont transformés par une cellule en courant électrique qui agit instantanément sur les commandes canard du missile – implantées au niveau du logement de l'autodirecteur – pour le maintenir sur la trajectoire d'interception.
L'ingéniosité de ce système réside dans sa faculté à balayer les ondes courtes et moyennes (infrarouges) ainsi que les ondes longues (ultraviolet).
Juste en avant du moteur-fusée sur trouve la charge explosive à fragmentation WDU-17.
La relative faiblesse de cette charge a suscité bien des critiques par le passé. Aussi, le constructeur a augmenté cette charge à 11,36 kg dans cette troisième génération de l'AIM-9.
Le déclenchement de la charge passe désormais par une fusée de proximité capable de déterminer l'instant optimal de destruction, dont le souffle et les débris détruiraient l'avion cible à coup sûr.
Le capteur optique, DSU-15/B, se compose d'un montage annulaire de quatre paires de diodes laser et de capteurs laser qui servent à déterminer quand l'engin est à portée létale de sa cible.
Si le missile manque sa cible, la charge est conçue pour éclater à distance rapprochée en criblant d'éclats cette dernière.

Au fil des années, l'armée américaine a développé une optique différente du système de propulsion qu'elle souhaitait pour l'AIM-9, permettant de passer la portée de ce missile de 10 km à 20 km.

Mais examinons cette version M de plus près.
Est-elle vraiment aussi efficace qu'on le prétend ?
Sur les dix ans, soit entre sa sortie d'usine en 1981 jusqu'à la Première Guerre du Golfe en 1991, elle a été utilisée vingt-deux fois par l'USAF et l'US Navy, avec un total de seize coups au but, dont treize d'entre eux ont détruit leur cible.
Au cours de cette même période, les utilisateurs étrangers de l'engin ont eu vingt-cinq "kill" pour les Britanniques aux Malouines ; seize pour les Pakistanais ; des dizaines d'autres pour les Israéliens, ainsi que deux pour les Saoudiens.
Son efficacité peut s'expliquer par toute une combinaison de techniques de pointe et de " bricolage " ingénieux qui, avec le temps, a fait de lui un engin des plus simples à mettre en œuvre.
Quand un pilote décide de lancer un AIM-9M sur un objectif, tout ce qu'il a à faire est de sélectionner le mode " air-air ".
Ceci active l'autodirecteur du missile, qui part aussitôt en quête d'un objectif potentiel situé devant l'avion lanceur.
Si, à ce moment-là, le radar de l'avion est déjà verrouillé sur une cible, l'autodirecteur du missile, connecté au radar, se verrouillera automatiquement sur la cible sélectionnée.
Le pilote en est aussitôt informé par une alarme sonore, lui indiquant que le missile a déjà acquis sa cible. Cette alarme se transformera lentement en ululement strident au fur et à mesure que l'autodirecteur se verrouillera sur la cible sélectionnée.
Le pilote n'ayant plus qu'à presser sur le bouton de commande de mise à feu.


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